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soit que réelle-ment sa race se soit éteinte, soit que sa personnalité étant entièrement légendaire, il n'y ait pas à lui oheraher de descendants. Dans tous ces cas c'est le luoqaddem ([ui est le véritable détenteur de la baraka du saint.
Il en est de même évidemment dans les cas nombreux où le sanctuaire n'est qu'une simple chapelle dédicatoire, comme par exemple pour les innombrables qoubbas dédiées à Sîdi'Abdelkader el Jîlany, le célèbre saint dont le tombeau se trouve h. Baghdâd. A plus forte raison la même situation se présente lorsqu'il s'agit d'un sanctuaire, réputé être la demeure d'un génie comme par exemple la gTotte de Sîdi Ghemhârouj ou celle de Lâlla Taqandoût (1).
Nous avons précisément ce soir à notre campement um descendant des anciens moqaddem héréditaires de Sîdi Megdoûl, le palron de Mogador. Ces moqaddem furent dépouillés de leui's privilèges par un caïd de Mogador qiri chargea de ces fonctions un préposé à sa dévotion. En effet la charge de moqaddem est souvent très lucrative et les caïds en partagient le gain avec les moqaddem qu'ils ont établis. Ils ont agi ainsi vis-à-vis des moqaddem d'un grand nombre de zaouias, mais ils évitent de loucher aux zaouias des confréries musulmanes.
Cette main-mise des caïds sur les zaouias des saints ])()[)ulaires est une des iprincipailes manifestations de leurs lutt^ contre le maraboutisme local, qu'ils jugent de nature à foi"tilier rindé])ciulance des tribus cl h encourager nu besoin
(\) Suprà, p. 278.
leur résistance. Mais il est évident qu'ils ne peuvent obtenir l'abaissement des marabouts locaux, derniers survivants des rois-prêtres et des rois-dieux des âges anciens de l'humanité, sans fortifier d'autre part l'orthodoxie musulmane et les confréries qui en sont le plus puissant moyen de propagation.
20 Septembre. — Presque aussitôt après notre départ, à six heures et demie du matin, nous entrons dans la circonscription administrative des H'âh'a, car Sîdi H'erràz dépend du caïd de Mogador ; il est rattaché administrativement au village de Diabète. Le début de notre étape s'accomplit dans des boisements de tagga auxquels s'enroulent Vachbardou, le curieux Senecio (Kleinia) pieroneiira, D. C. des botanistes, plante étrange, inconnue en dehors du Maroc et peut-être même de la région que nous parcourons.
Puis nous rejoignons le bord de la mer et, à huit heures moins dix, nous passons à la zaouia de Sidi Kaouki qui a bien plutôt l'aspect d'un village aggloméré que celui d'une zaouia, parce que la qoubba du saint se trouve enfermée dans les constructions bâties sur le rocher, dont la mer vient battre le pied à marée haute. C'est un pâté de bâtiments avec de nombreuses ouvertures et de nombreuses terrasses : le tout a beaucoup de relief et je regrette vivement de ne pouvoir le piiotograpbier. Sîdi Kaouki est un mo{iyc-i///'(i qui vint jadis du Soûs; l'on n'en sait pas davantage.
Remarquons ici (]ue beaucoup de saints sont dans la
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région que nous parcourons, donnés comme des moujâhidin, c'est-à-dire des « combattants de la guerre sainte » , descendants des champions de l'Islam au seizième siècle. Sîdi Megdoûl, sur la plage de Mogador, Moulaye Bon Zerqt'oûn sur celle des Ghiâd'ma, Sîdi Ah'med es Sâih' sur la plage où nous sommes, mais un peu plus au sud, passent tous comme Sîdi Kaouky, pour des moujâhid. Ce pays, comme toute la côte jusqu'à Azemmoûr, fut le théâtre des exploits des chcrifs dans la lutte que les Marocains soutinrent contre les Portugais (1).
Nous poursuivons notre route au bord de la mer cl, après avoir passé lOued Tidzi, nous avons devant nous la pointe de Takaoukccht ; c'est un jorf ou promontoire escarpé et nous le gravissons ; à son sommet, près de ruines en pierre qui forment un rectangle de trente sur cinquante mètres gît un canon abandonné (pi. XXV, fig. 68), témoin actuel des combats que livra le Makhzen pour la possession des Il'àh'a.
Redescendant sur la plage d'Ar'balou, nous sommes maintenant dans les Ida ou Iccrn, tandis (pic Sîdi Kaouki était dans les Ida ou Gord' qui finissent en pointe sur le littoral à cet endroit. Sur la plage d'Ar'balou l'Oued Sidi Embârek se jette dans la mer ai)rès avoir sautéduhautd'ime falaise de cinq ou six mètres. L'cmboucluu'c de la rivière se trouve dans un demi-cirque : cela compose im paysage assez frais et assez gracieux qui repose un peu le voyageur des tcirains piei'reux et désolés du voisinage. Nous gravissons un
(<) Mrrrùkcch, I, |). 56.
nouveau jorf après avoir remonté un instant la i-ivière et, de l'autre côté du promontoire, nous sommes dans la fraction des Ait Idîr; à dix heures nous sommes à la maison du chérif Moulaye 'Ali.
Les H'âh'a bâtissent souvent de belles demeures : il y a dans ces maisons un étage, des pièces assez nombreuses et même des cabinets d'aisance, ce qui «st unae grande rareté dans une tribu marocaine. Un grand nombre de maisons, celles surtout dont ie propriétaire est ou a été cheikh sont ornées d'une ou plusieurs tours ou horj (pi. XXV, fig. 67); ce sont des agaclir. Quant au mot arabe Jwrj il est curieux d'y retrouver le grec hurgôs et l'allemand hurg (bourg).
'Ces tours se di'essent çà et là jusqu'à l'horizon et donnent au pays un aspect impressionnant. Il y en a de carrées et il y en a de rondes ; ces dernières sont souvent ornées de jolis créneaux. Elles servent toutes de magasins, mais elles sont construites avant tout pour le guel et la défense; (juelques-unes peuvent, nous dit -on, contenir trois étages de tireurs.
[Des tours de guet existent encore de nos jours au Maroc, au milieu même des agglomérations himaaines et en dehors de toute enceinte fortifiée continue. Il en est ainsi dans (sertaines tribus du Rîf, d'après Mouliéras ; là, dans la cour attenante à chacpie maison, quatre poutres supportent une haute tour en bois, du haut de laquelle le chef de t'tunille veille, iquand la contrée n'est pas sûre, ce qui arrive soiivent (1).
(1) MouLiKRAS, Maroc inconnu, I, |). .'>2. Cf. pp. 77-7K, minaret de Mrst'âi,;a.
l'I. xxw
•'IG. (J7. — Les iii.iisOH-- i\r clii'ikh ^.iiil ll.iiiquùi's d'iiiir on pliniciir'i Idiirs (p. 3H
FlG. G8. — Au xiiiniicl (lu piiiiriiiiiliiiic i;il un (.niciii aliamli iiiia' ip. 'i\'^).