LES TOURS
Dans rOued Dadès et dans qiielques autres districts méridionaïax du Mai'oc, d'après de Foucauld, sur les limitesdes qçour, au bord de l'oued, au milieu des cultures, se dressent des tours carrées, en briques sèches, de dix à douze mètres de hauteur. On leur donne le nom cVagueddim. Du haut de ces tours, cp^ii sont en très grand nombre dans chaque oasis, on fait le guet et on échange des coups d- fusil (1). Dans l'Aurès, avant notre arrivée, les villages étaient en état de guerre perpétuel; chacun d'eux « avait ses tours d'observation, tours carrées, isolées, du haut desquelles des vedettes c^ervaient la plaine et les 'défilés. Ces tours frappent vivement les yeux, entre Mcnaa et Nara, autour de Bouzina, à Tar'it, du côté du col de Tiranimine (2) ». )
Ici, non plus que dans tout le pays des H'âh'a, les maisons ne sont pas groupées etil n'y açxas de véritable village. Les corps de bâtiments entourés de figuiers, surmontés ou non par des borj parsèment çà et là les coteaux blanchâtres sur lesquels se détachent les bosquets sombres de l'arganicr; c'est un pays difficile, tout en montées et en descentes, pierreux à l'excès, mais où la ténacité de l'habitant arrache à la lande de nombreux espaces pour les cultiver
soigneusement.
'2';5 Septembre. — Entre les innombrables collines du pays des Il'âh'a, le brouillard couvre les fonds dosa ouate
(1) t).ii I-'oucAULD, Rec. au Maroc, pp. 214, ^'22.
(2) Masoukr.vy, Doc. Iml. rec. dans l'Aurès, iii liev. «/';•., XXI' niiiiéo, Ii2, mars-nvril 1877, pp. 1'2l-t-22.
molle lorsqu'à six heures moins un c{uart nous quittons la maison hospitalière du chérif, où nous étions venus pour pouvoir saisir sur le vif un certain nombre de détails de la vie privée des H 'âh'adontl'exposé trouvera sa place ailleurs. Bien que fragmentaires, nos observations nous ont confirmé les précédentes et nous ont permis d'en contrôler d'autres ; c'est ce que nous appelons le « commencement de vérification surplace», opération de contrôle nécessaire dans une enquête scientifique.
A six heures dix, après une marche lente, nous traversons l'oued Ar'balou et, vingt minutes après, nous sommes en pleine forêt d'arganiers; leurs frondes un peu maigres couvrent une série de coteaux rocheux, blanchâtres et stériles. Par des chemins pénibles et raboteux, nous suivons des ravins pleins de pierres et nous longeons les falaises qui bordent l'oued Ar'balou et qui donnent au géologue des coupes naturelles de terrains : elles offrent çà et là des bancs dans lesquels nous recueillons des Ostrœa fossiles.
Ce sol est dur et sec, comme le seul arbre cpii y pousse, dont la forêt clairsemée s'étend à perte de vue. Çà cl là des troupeaux de chèvres paissent dans les arbres : quelle fureur si l'un (le nos forestiers algériens voyait ce tableau ! La chèvre est en horreur à notre administration des Forêts et le garde forestier la traque sans pitié. Il n'est pas douteux que ce ne soit une grande destructrice de jeunes arbres : pourtant les chèvres paissent depuis des siècles et des siècles dans les forêts de la Petite Kabylie et celles-ci existent toujours. Sans doute aussi, depuis plusieurs millénaires, les
LES CHIADMA 317
chèvres paissent dans les arganiers et les arganiers font toujours la fortune des H'âh'a.
La vallée de l'oued Qs'eb jette enfin une note plus gaie dans le paysage de notre route et nous faisons halte à onze heures. Puis, toujours dans la forêt d'argan, nous repartons à deux heures et, un quart d'heiu'c après, nous passons près des ruines d'une grande construction attribuée au sultan Moh' ammed edz Dzahbi.
Une heure et demie plus tard on nous dit que nous allons entrer dans les Chiâd'ma, qui sont des Il'àh'a arabisés. Aussitôt le paysage change; à l'arganier se joignent d'autres essences, l'olivier, le caroubier, le figuier. La (HITércnee des deux tei'ritoires, quand on passe de la tribu d'Ida ou Gord' pour entrer dans le Dra est saisissante. Dans la première, les accidents du sol sont durs, les roches à fleur de terre, les cailloux blanchâtres et abondants, au point que l'on se demande conuncnt la charrue a pu passer dans certains champs : la seule verdure, est celle de l'arganier épineux et sombre. Dans le Dra, au contraire, les plaines grasses aux molles ondulations, la verdure des jardins, donnent immédiatement une impression de fécondité et de richesse.
Vers quatre heures nous sommes à rembranchcmcnl d'un chemin (jui mène à Mogador, puis au bout d'un (piarl d'heure nous voyons la coupole de Sidi T'alh'a (|ui est remarquable en ce qu'elle alTecte une forme ovoïde rare en ce pays. Moins d'une demi-heure après nous rejoignons enfin la. Marrnia' Il il/ n, c'est-à-dire la grande route de Marrakech ({uc nous ue (juillerons plus, cl h cin(i heures moins un
quart, nous montons à Sidi Ab'med el 'Amri ; c'est un marabout sur la personne duquel on ne nous rapporte rien d'intéressant, mais dont la qoubba bianebie s'élève coquettement au milieu des obviers.
Sidi Ab'med el 'Amri représente ici l'oi'lbodoxie, mais il reste de l'ancien cvdte local un témoin, près de notre campement ; c'est im arganier-marabout des plus intéressants, parce que, si les indigènes affectent la plus grande déférence pour la coupole, il est visible que c'est l'arbre sacré. qui garde leur sympathie.
« Mais, s'il y a là unmiarabout, disons-nous, pourquoi ne lui bâtissez-vous pas une qoubba comme à Sidi el 'Amri ? » On nous répond que les ancêtres n'ont pas jugé c&nvenable de le faire, c'est donc qu'il y a quelque raison de le laisser comme il est. « Et nous le laissons », me dit un informateur âgé. Puis, comme nous insistons, en lui disant que Sidi el 'Amri doit être plus puissant que le marabout de l'arbre, notre interlocuteur, un vieillard, nous répond par im proverbe : Khâf mel khdoui, ienja mel 'amer, nous dit-il, ce qui signifie : « Grains le marabout (même) mauvais, et le bon te sauvera. »
Nous allons visiter l'arbre-marabout (pi. XXVI, fîg. 69) ; c'est un grand arganier qui couvre une vaste superficie et dont les branches retombent jusqu'à terre. Au pied dvi terrain, suivant la coutume antique, (jue nous avons naguère étudiée, sont amoncelés des cailloux; à une distance d'environ deux mètres du pied, régnent, sur deux côtés parallèles, des alignements do pierres. Ces pierres, en pai-tie enteri-écs,