LES TAMARINS
courses marocaines, que nous semions d'adieu en adieu! Ils nous ont laissé le souvenir d'un accueil délicat, souvent celui d'une importante contribution à notre oeuvre scientifique. Amis inconnus, dont les noms même sont ignorés, vos images durent toujours, fidèlement conservées dans le triste herbier du cœur...
Nous voici à l'Oued Nefîs : là-bas, sur la gauche, il se jette dans l'Oued Tensit et au confluent de ces deux rivières se trouve Zaouiet ech Gherradi, où sont, nous dit-on, des ruines importantes que nous avions projeté d'explorer. Si nous ne nous trompons pas, elles correspondent à l'emplacement de Nefîs, cité du H'oûz plus ancienne que Mar ràkech. Le temps nous manque pour les visiter ; nou aurions pourtant voulu voir la vieille capitale dont El Bekri a dit la prospérité, nous qui nous sommes reposés sous les oliviers d'Ar'màt et dans la gorge de Tin Mél.
Depuis longtemps déjà nous voyons à l'horizon le haut style de la Koutoubia. Demain nous entrerons dans Marrakech le Rouge, comme l'appellent les Marocains. Ce soir nous camperons à une heure de ces remparts, auprès d'un tamarin géant, à la n'zc'da de Nella, mot cpii veut précisément dire « tamarin », comme l'en fa dans le Nord du H'oûz (1).
Les tamarins abondent au Maroc, ils y sont souvent arboresccntset forment parfois des petit s bois (pi. XXXVH, fig. 72) : leur feuillage est cendré, leurs troncs sont trapus,
(1) hferràkech, I, p. 2S6.
328 DANS LA FORIiT D'ARGAN
irréguliers, creusés, ce sont les saules de l'Afrique. Mais les nôtres sont plus frais et se mirent dans des eaux plus pm-es, tandis que les tamarins sont raidcs et secs et baignent leurs pieds dans l'eau fiévreuse des oueds inconstants.
31 Décembre. — Avant-hier nous avons de nouveau quitté Marrakech en sortant par Bâb er Robh clans la direction du Sud-Est, vers la zaouia de Tames'loh't, à trois heures delà ville {\). Devant nous se déroule la plaine alluvionnaire, parsemée de jujubiers, avec les lignes de trous des khei't'âra (2) et les monticules formés par la terre provenant de leiu- creusemcnl. Au loin des troupeaux de moutons paissent; des laboureurs achèvent leur travail; (pielques bouquets de palmiers piquent leurs silhouettes grêles sur le ciel. A notre gauche, sous un soleil radieux, sur plus de cent Uilomètres, se déroule la ligne oiululciise des puissantes montagnes du naut-Atlas,que les neiges recouvrent: un peu devant nous, la trouée de l'oued Nefîs, route du
(1) Voyage effectué en 1906-1907. Ces pages sont la reproduction avec de très nombreuses modifications et additions puisées dans nos notes, d'une partie d'un article publié par la ftci'uc de Paris en octobre 1907. Les plus importantes de nos additions se trouvent infrà, pp. ;i30-335 et p. 339.
(2) Voy. suprn, p. "2.
330 CHEZ LES ALMOHAVIDES
Goundafi, interrompt le massif atlantique. A droite les Jbîlêt parallèlement à l'Atlas, alignent leurs sommets coniques, que M. de Flotte de Roquevaire a comparés à des chapeaux de clowns posés les uns à côté des autres.
Bientôt nous arrivons à Vagdal du chérif de Tâmes'loh't, immense verger enclos d'une muraille et entièrement planté d'oliviers : le chérif est le plus grand producteur d'huile de la région. Sur cette terre féconde et abondamment irriguée, les récoltes sont en grande avance : un champ de fèves est en fleurs; voici de l'orge complètement épiée, au premier janvier! On va la faucher en vert, elle repoussera du pied et, en mars et avril prochains, elle donnera une deuxième récolte avec des épis encore plus forts.
I" Janvier. — Hier nous sommes passés, en allant de Marrakech h. Tàmes'loh't , auprès des R'enânema : c'est une agglomération qui comprend environ une centaine d'adultes mâles. Ils sont parents des R'enânema de l'Oued Saoura dans l'Extrême-Sud oranais. Une trentaine des R'enânema de l'Oued Saoura ont des propriétés dans la fraction qui est près de Marrakech.
Les R'enânema appartiennent au môme groupe énigmalique de tribus que les Zkâra voisins de la frontière oranaise et les Bd'âd'oua du R'arb marocain (1). Les musulmans pieux les accusent de mœurs inavouables, mais il est difficile de faire la part de la vérité dans tout ce que Ton raconte à leur sujet.
(1) Ce qui suit est résumé d'un passasse de Magie ei Rfligion d. l'Af. du N., pp. 43-48, où se trouvent fies références. Aj. Van Gennep, iWorlh afric. Gypt., in Oyp.iy Lore Soc, vol. V, part 3.