‹ En tribuChapitre 120 sur 161 · LA SECTE DES R'ENANEMA · texte numérisé non relu

LA SECTE DES R'ENANEMA

On dit, ce qui paraît faux, qu'ils ne sont pas circoncis; on prétend que leurs chefs nommés rousma exerceraient un véritable droit du seigneur; on les accuse encore de célél)rer une orgie annuelle que l'on appelle « la nuit de l'erreur », leïlet el r'elt'a ; ils pratiqueraient quelques usages singuliers comme le mariage d'une femme avec un enfant en bas âge. Il est certain qu'ils ne se marient qu'entre eux ; qu'ils sont serviteurs de Sidi Ah'med ben loûcef, le saint de Miliana.

De plus ils se disent serviteurs de 'Amer ben Slimân, personnage légendaire dont on ne nous dit rien, sinon qu'il fut un disciple de Sidi Ah'med ben loûcef. Les musulmans racontent que c'était un renégat juif, qui avait capté la confiance du saint et qui, sous le couvert de cette haute autorité répandit des doctrines irréligieuses. Il est certain d'autre part que l'étrange figure de Sidi Ah'med ben loûcef, connue surtout par d'innombrables dictons satiriques, est bien faite pour attirer l'attention, et il y a des textes historiques qui nous apprennent ([u'il fut accusé d'hérésie. Tout au moins est-il établi (ju'une secte hérétique, celle des cherrûqn, s'est réclamée de son nom.

Nous désirions vivement vérilicr nos connaissances sur ces curieuses poj)ulalions cl nous avions fait dans ce but la connaissance d'un personnage des R'enAncma de Marrakech. Même nous l'avions déjil entretenu ùdc nombreuses reprises dans cette ville même pendant [)rès de dix jours : mais les R'enânema entourent ce qui les concerne d'un Ici mystère

(■1) liiN 'AsKKii, Dnoiih'a. p. 90; Slaoui, fsUqs'd, III, p. 23.

que nous n'avions pu en tirer que difficilement des renseignements insuffisants. Ces obstacles avaient stimulé notre zèle scientifique : nous obtînmes de lui, avant son départ de la capitale qu'il nous rencontrerait chez le chérif de Tàmes'loh't, avec un de ses congénères. Nous les avons en effet retrouvés aujourd'hui, et par mille et mille ruses nous avons tiré d'eux quelques indications que nous voudrions présenter plus complètes. Tels qu'ils sont, ces maigres documents, arrachés péniblement bribe à bribe à l'inadvertance de nos deux commensaux, apportent une contribution à l'étude de leur société.

Ils disent que leurs frères sont comme les fèves dans la cosse ; il y en a cinq dont l'une est plus petite. Ils veulent désigner par là les Bd'âd'oua (1) dont ils suspectent la doctrine. Les autres sont les Zkâra (2), le Mlâïna et les 'Amer.

Sidi Ah'med ben loucêf, disent-ils, n'eut pas de père; on le trouva dans im rocher, où une chèvre venait le nourrir : il était descendu du ciel. Ses enfants sont considérés comme deschérifset ils portent en conséquence le titre de « Moulaye ».

Les Rousma (pluriel de racim de la racine r s m, « consacrer» ou bien « marquer ») sont des descendants de Sidi 'Amer ben Shraân le célèbre disciple de Sidi Ah'med ben loûcef. On donne aussi le litre de rousma à des descendants de Sidi Ah'med ben loûcef lui-même, mais ils n'ont pas l'autorité des autres.

(-1) Voy. Salmon, in Arch. niar., II, p. 358.

(2) Voy. MouLiKKAS, Trib. anlimusulm., P. 190.*) et iti Hull. S. G. Oran, IT ann., l. XXIV.

Page 1