LE PROFESSEUR DE LA MÉDERSA
Voici maintenant le professeur de la Médersa, Sidi Moh'ammed bel Mah'joûb, qui s'avance cauteleusement de notre côté : nous faisons la connaissance de cet important personnage, nous lui montrons quelques livres arabes; il lit sans faire trop de fautes, seulement il est ignoranl sur l'histoire. Il nous donne de bons renseignements sur notre route, mais reste néanmoins très froid et très réservé. Se sent-il quelque peu menacé dans sa réputation ? Je pense plutôt que la curiosité le poussant vers nous, il lui paraît néanmoins convenable, aux yeux de ses coreligionnaires, d'afficher quelque hauieur dans son commerce avec un chrétien.
Aussi, après nous avoir causé à demi-voix pendant près d'une demi-heure, il hausse tout d'un coup le ton et se met à crier très fort que je n'ai pas pu photographier le bain maure parce que les marabouts ne l'ont pas voulu, et que. si j'ai photographié l'inléricur, cela n'a aucune importance parce que c'est l'extérieur seul qui est intéressant ; telle est du moins son interprétation. Pourquoi le contredirions nous? Nous nous inclinons de bonne grâce et nous ne faisons aucune difficulté pour reconnaître la supériorité des saints qui protègent Ar'mût. Nous finissons même par le prier de nous recommander à leur protection et il nous le ])romet très sincèrement.
Le soir El H'bîb vient nous trouver dans noire lente et voici ce qu'il nous raconte au sujet d'Ar'màl. La Médersa actuelle est récente, clic a été construite par un caïd dont on nous cite le nom; la mosquée, bien qu'en très mauvais
état, comme nous l'avons dit, a cependanl été l'objel d'une restauration grossière, mais sa construction première est fort ancienne.
Les chrétiens ont déjà possédé Ar'raât et ils la reprendront encore : ils y resteront deux ans, puis finalement les Musulmans les repousseront et demeureront victorieux. Les plus anciens peuples qui aient habité Ar'mâl sont les Béni Ndâs et les Béni Ouat't'às, mais notre interlocuteur ne sait pas lequel des deux est le plus ancien ! Ar'mât fut sous leur domination une très grande ville, elle était entourée d'une enceinte tellement grande que lune des portes était à Màwoùt et une autre au marché du Khemîs d'Ourîka.
II y a sous Ar'mât un souterrain où coule une sâguia qui prend naissance entre Ar'mât et Ourîka et qui passe devant la Médersa. On raconte que jadis, en cet endroit, le souterrain avait été mis à jour et que le fils du fameux marabout local, Abou "Abdallah el Hczmîri, qui était un roi, venait là quotidiennement. Or, à celte place même, il y avait cent et une vierges qui venaient puiser de l'eau : le fils d'Abou 'Abdallah el Hezmîri venait, non pas pour les regarder, mais pour les défendre conlrc un \ifrit, c'est-àdire un « génie » qui rôdait dans ces parages. Mais des gens trouvèrent mauvais que le saint pût se trouver en présence des vierges et s'en plaignirentau roi qui ordonna à son fils de ne plus venir. Il ne revint plus ; seulcmcnl les ccnl et une vierges en éprouvèrent beaucoup d'ennuis, par suilc des méchancetés du 'a frit.