ORGANISATION DES R'ENANP:MA
Les Oulad Bou H'âmed descendent du saint de ce nom, serviteur de Sidi Ah'med ben loùcef, dont il balayait tous les jours la maison avec sa propre barbe : ils sont moins considérés que les deux autres mais ils servent d'arbitres en cas de différends entre ceux-ci, soit, pour le partage des collectes soit pour d'autres questions de privilèges.
Les Ahl ed Dar ou « gens de la Maison » sont les membres de la secte qui habitent la zaouia de Sidi Ah'med ben loûcef à Miliana : on leur fait parvenir une offrande chaque année par l'intermédiaire des frères qui vont en pèlerinage au fameux tombeau du saint.
Enfin la masse des frères, ceux qui nourrissent de leurs aumônes cette nombreuse aristocratie religieuse est appelée Ahl el Khamsa, les « gens des cinq ». Les cinq catégories que nous venons d'cnumérer forment ce qu'ils a|)pellent entre eux En nonqoùl el khamsu, c'est-à-dire « les cinq points » .
Dans les R'enàncma de Marrakech on conq)te trois rousmn : il y a deux descendants de Sidi Ah'med ben loûcef; les Oulâd Bou H'àmedsont phis nombreux.
Les R'cnàneina ont entre eux des signes de reconnaissance, mais il est fort difficile de les connaître. C'est ainsi (ju'à la question : lùila ah' mur, chhch on Un hhd'ar? « Es-tu rouge, gris ou vert? », ils répondraient : (Jhheh, « gris ». Si on leur demande: Entu mejdàm oiilln lu ? c'est-à-dire : « Es-tu lépreux ou non? » ils répondent : Ana mejdàm, ma lU'lhcs h'ouàïjch ou ma hdhcs h'oiiàïji, c'est-à-dire : » .le suis lépreux, je ne mets j)as tes vêtements el tu ne mets
pas les miens ». Si celui à qui on a posé la question proteste, il n'est pas de la secte.
Beaucoup de R'enànema ont le nez tatoué et même un peu fendu : serait-ce un signe de reconnaissance ?
Les R'enànema sont polygames et leur moralité ne paraît pas être d'un niveau très élevé. Après avoir montré à nos informateurs que nous savions ce que c'est que la « nuit de l'erreur », nous leur avons demandé ce qu'ils en pensaient. « Cette coutume, nous ont-ils dit, existait autrefois, mais est éteinte aujourd'hui ; nous l'appelons « la nuit de la corde » leilet el fdila. Si quelqu'un vient à connaître cela et qu'il nous en parle nous lui répondons : « Je « connais cela, mais je n'ai rien à craindre de la corde car je « serai au nombre des individus couchés (1). »
Les R'enànema se tiennent, sans ostentation mais avec soin, à l'écart des autres musulmans. Lorsqu'ils entrent dans une pièce, ils laissent, comme cela est d'usage chez les indigènes, leurs babouches à la porte ; mais ils ne les mélangent pas avec celles des Musulmans et si, lorsqu'ils sortent, elles se trouvent mélangées, avant de les chausser, ils crachent dedans pour les purilier.
Tels sont les renseignements que nous donna notre R'ennâmi : pour arriver à ce résultat il nous avait fallu douze jours de patience et de plus notre principal informateur avait profilé de ce que nous ilésirions avoir sa confiance pour nous prier de lui donner un cheval en dépôt, en
[\) Voyez les ouvrages précitc's de Moulit^ins et Salm<iri.