LES OULAD SIDI CHIKH MAROCAINS 3.SS
lui permettant de s'en servir pour ses labours. Nous eûmes plus tard beaucoup de peine à obtenir qu'il voulût bien nous le renvoyer, et lorsque la bête nous arriva elle était dans un état de maigreur cpie connut à peine le célèbre coursier de Don Quichotte.
2 Janvier. — Au début de l'aprcs-midi notre caravane prend la direction des Ait Imoûr, à travers les murs en terre plus ou moins croulants de Tames'loh't, puis en plaine, cependant que sur notre chemin les tas de pierres sacrées, élevés en l'honneur de Moùlaye 'Abdallah ben H'océin, se succèdent pendant près de vingt minutes. A droite s'étend toujours la sierra dentelée des Jbîlêt, à gauche le massif de l'Atlas, au-dessus duquel une fumée rousse se tord : ce sont des nuages de sauterelles qui traversent la chaîne, à plusieurs kilomètres de hauteur.
Nous comptions, en quittant le chérif, aller visiter les campements des OulàdSidiChîkh; mais nous avons dû poursuivre notre itinéraire dans l'Ouest. Ces Oulàd Sidi Chîkh se trouvent non loin de l'Oued Nefîs, mais sur la rive droite de ce fleuve : exactement, ils s'étendent entre la Nzàlet el Ihoûdia et la Nzâla Nella ; leur chef s'appelle actuellement Si L'arbi ben Bou Bker. Ils comprennent près de l.'iO lentes cl pourraient fournir une centaine de cavahers. Ces jours derniers, à Marrakech, les Oulàd Sidi Chîkh sont venus me trouver et, dans une première entrevue, nous avions eu une conversation intéressante. Ils s'inquiétaient particulièrement du sori que nous avions fait au fils de Bou 'AmAma ; ils se montraient fort satisfaits que celui-ci eût été réclamé par nous.
Après une heure à peine, nous franchissons l'Oued Nefîs, très large, mais presque sans eau, et nous entrons dans les Ait Imoûr. Cet Oued Nefîs sépare actuellement les territoires soumis au caïd El Glaoui de ceux qui relèvent du Mtoûggui. Ce dernier a sa résidence à Tîggui, dans le pays des Mtoûgga à deux fortes journées d'ici (1). Le pays des Mtoûgga est une terre âpre et montueuse, propice à la culture de l'amandier. Les Mtoûgga sont des Berbères durs comme le sol qu'ils habitent et très redoutés dans le Sud du Maroc par leur bravoure. Ce sont les ennemis séculaires des H'àh'a, qui les séparent de l'Océan.
En ce moment le caïd, grand ami du Glâoui, partage avec lui presque tout l'empire du H'oûz méridional. Ainsi le sultan 'Abdel'azîz a laissé perdre en quinze ans tout le fruit de la politique obstinément suivie par Moulaye Haçan pendant son long règne : diviser les caïdats et éviter la formation d'une aristocratie de grands seigneurs.
Les Ait Imoûr, où nous camperons ce soir, sont une belle tribu berbère ; leur campagne est charmante : des orges vertes, des troupeaux, des bergers, des laboureurs^ des bois de petits oliviers, des bosquets de i)eupliers blancs et de l'eau partout ; pays fertile et soigneusement cultivé. De beaux villages se succèdent à de courts intervalles, les gens sont moins durs îi l'Eurojjéen, et au douar où nous cam[)ons nous recevons un accueil agréable. Nous retrouvons chez eux les bonnes (pialités de cette race berbère, en
(1) Suprn, \>. 263.