LE BOMBARDEMENT DE MOGADOR
plupart d'entre eux tombaient dans l'eau (1). — Nous implorons l'aide de Dieu pour ceux qui étaient dans le fort. — La cause de leur mort fut 'Omar el 'Eulj. — Les canons ont lancé des boulets, — Et ont fait tomber les remparts.
<( Le chanteur a dit : Ceci s'est passé un jeudi ; — Le monde se voila d'obscurité. — C'était avant le d'ohor (une heure et demie). — Les gens étaient assis préparant leur déjeuner ; — Les canons les prenaient pour cibles de leurs boulets. — Les hommes et les femmes vinrent sur les remparts ; — C'était un coup venu du ciel (un coup de foudre).
— Tout d'un coup ils furent aveuglés. — Le premier coup tomba dans le borj aux poudres : — Ils visèrent (sur 'Omar) et rétendirent à terre. — Ils l'avaient fait repérer par des pointeurs habiles. — Sa tête vola dans le ciel. — Aussitôt la négresse se leva en criant : « Où est mon maître ? — Son « corps est là et sa tête a disparu. — Je ne vois que de la « fumée. — Au-dessus de notre beau fort. » — Les canonniers ont été épouvantés. — Bientôt est venu le soir, — Tout le monde était terrifié, — Et on ne savait à quoi se résoudre, — Et les étendards restaient dans la honte. »
« Aussitôt les Français dirent : — Montons h l'île pour la voir. — Ils l'ont trouvée bien bâtie, — Fortifiée el grande,
— Contenant des prisonniers bien gardés (2). — Ils leur ont donné un cadeau h chacun ; — Les prisonniers les ont renseignés sur l'état de la ville. — Ils leur dirent que ceux-ci
(1) Parce que. In cilcnie du fort fui défoncc-e |)ar les boulets.
(2) Alors, comme aujourd'hui, l'ile de Mogador servait de prison.
avaient trouvé sans honte 'Omar el Eulj tué ( 1 ). — Ils n'on t pas prévu qu'on leur en ferait reproche. — Voilà comment Dieu nous a frappés en un instant. — A l'instant (où 'Omar) se baissa et où sa tête vola dans la vase (de la citerne). »
« Aussitôt les Français lâchèrent les prisonniers et leur enlevèrent leurs fers. — Ils gardèrent ceux qui pouvaient leur être utiles (2), — Et ils dirent aux autres : « Allez « vous reposer, — Les tourments sont passés et le déses- « poir (3). » — Les Français dirent : « Nous quittons l'île « sans regret (il n'y a plus rien à faire) — Car nous sommes « descendus à terre par la force de nos armes ; — Nous avons « arboré notre drapeau par la force de nos bras, — Et nous « avons fait tout notre devoir. »
« Aussitôt (les Français) entrèrent dans la ville pour y voir les malheurs qu'ils avaient causés. — Ils trouvèrent la cité vide et déserte; — Pas une musulmane, pas une juive. — Les borj sont évacués. — Ils visitent le mellâh' : ceux qui étaient restés se félicitèrent de les voir. — Il leur tombe des zer'ârît du ciel (4). — Les Juifs invoquaient les Français en pleurant. — « N'est-ce pas que les Ghiàd'ma n'entre- « ront pas? disaient-ils (5). »
(1} Le poète blâme les gens de la ville qui auraient dû avoir honte el mieux résister.
(2) Et qui furent emmen6s prisonniers à Cran.
(3) Il s'agit dans ce vers des prisonniers qui étaient des habitants de Mogador.
{i) Cris gutturaux poussés en guise d'applaudissement et (jue les Français appellent you-you ; ils descendirent des terrasses sur les Fran(;ais libérateurs des Juifs.
(5) Us craignaient que la ville ne fût pillée par les tribus voisines.
l'I. XL