PI. XLI
Fiu. 79. — Nous laissons à droite Dàr er ilegràgui {p. 367;.
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LES DUNES DE MOGADOR 3b9
Mogador les lettres de Saffi. Ils sont montés sur des mulets, tandis que, presque partout ailleurs dans le Maroc, les courriers sont toujours à pied : c'est pour eux le moyen d'aller vite, car, sur un long- parcours, un indigène entraîné arrive toujours avant un mulet, et à plus forte raison avant un cheval. Mais le métier est moins pénible pour les courriers à mules : le nom de reqqàs' (celui qui court ou mieux celui qui trottincj comme le mot français indique qu'en principe le courrier était à pied.
Maintenant, nous sommes au pied des premiers contreforts du Jbel H'adîd qui s'avancent ici jusqu'au bord de la mer ; à dix heures dix, nous sommes àla petite nzalâ de Chîchet. Au loin devant nous brille la coupole blanche de Moula ye Bou Zerkhtoûn et, derrière, dans la brume de mer, nous apercevons encore l'éblouissement des terrasses de Mogador.
Bientôt nous quittons le bord de la mer et nous nous engageons dans les dunes qui s'étendent au pied du Jcbcl H'adîd; elles sont couvertes d'une r'âba,c'est-h-dire d'une forêt, on dirait plus exactement d'une broussaille où alternent le retem, le thuya, l'arganier. Ce dernier n'atteint jamais par ici les dimensions des arganiers des Il'âh'a ou des thuyas du Goundah; des arbrisseaux plus menus, le lentisque, d'rou, aux feuilles odoriférantes et le calycotome, épineux, ç/uendoùl, forment la menue broussaille.
De dix heures quarante-cinq à onze heures cinq nous sommes obligés de faire une halte pour attendre nos bêtes qui sont en retard, (juoi([ue noire marche soil cependant
très lente; mais on n'a jamais vu au Maroc un premier départ de caravanes qui s'effectue sans un retard considérable et ce n'est qu'à onze heures quinze que nous nous trouvons juste en face de Moulaye Bon Zerkhtoun, un célèbre marabout des Regrâga que l'on appelle aussi Moula Doûrîn parce que, lors du pèlerinage annuel que les fidèles font aux tombeaux des marabouts Regrâga, leur itinéraire comporte deux stations à celui-ci [doûrin veut dire deux fois).
Les Regrâga disent qu'ils descendent des Anç'âr, c'està-dire de ceux des compagnons du Prophète qui l'aidèrent à s'établir à Médine. Un jour, sept de ces Anç'ar se rendaient chez Mahomet ; l'un d'eux, Sidi Sa'îd tomba malade en route ; les six autres poursuivirent leur chemin, et se rendirent auprès du Prophète, qui leur demanda combien ils étaient. Ils répondirent qu'ils étaient sept mais que l'un d'entre eux était tombé malade en route. Alors le Prophète le leur présenta en leur disant : Sabaqakoum, « Il vous a devancés », d'où il prit le nom de Sidi Sa'îd es Sâbeq.
Parmi les autres se trouvait Sidi Ouasmîn, x le sultan des Regrâga » ; c'est le Prophète qui lui donna ce titre et qui lui ordonna de s'en aller avec ses compagnons pour convertir les Ghiâd'ma. En même temps, il lui remit une lettre qu'il nedevail ouvrir que dans les Chiàd'ma pour en donner connaissance à ses compagnons. Ils se mirent donc en roule et lorscpi'ils furent arrivés ii l'endroit (jui est actuellement occupé [)ar le lac salé de Zîma, Sidi Ouasmîn, qui