MIRACLE D'UN SAINT D'ARMAT
Ce canal souterrain va jusqu'à Marrakech et même au delà, mais de même que notre informateur ne sait pas au juste où il commence, il ne connaît pas non plus l'endroit exact où il aboutit ! C'est à cette sâguia souteiTaine, ajoutet-il, que le h'ammâm empruntait son eau.
Sidi Mh'ammed ben Sa'doûn, que nous avons cité plus haut, était, nous raconte toujours notre hôte, connu par le miracle suivant : quand on récitait le Coran près de son sanctuaire, si Ton manquait un verset , il le complétait en le criant du fond de sa tombe. Deux habitants du Soûs avaient gagé contre des habitants d'Ar'màt que cela n'était pas possible. Ils vinrent donc auprès du marabout et l'un d'eux en récitant le Coran oublia, on ne sait si c'était volontairement, la fin d'un verset. Aussitôt on entendit le saint qui, de son tombeau, cria la fin du verset. Alors un des Souci lui cria à son tour : « Si tu es au nombre des vivants, viens parmi nous, mais si tu es vraiment parmi les morts, reste parmi les morts! » Depuis cette époque le saint n"a plus jamais voulu parler.
Ar'mât (jui apj)artcnail jadis à Ourîka est aujourdliui, nous l'avons dit, englobée dans les McsI'îoua, et voici pourquoi : il y avait jadis à Ar'màt un marabout nonuné Bou Zguiya, dont le tombeau existe encore, cl qui était originaire des Mcsfîoua. Un jour que les Mesfîoua étaient allés à Marrakech pour le 'Aid es' S'er'ir, en passant par Ar'màl ils volèrenl les troupeaux du saint ; alors Sidi Bou Zguiya les maudit et la discorde conunenga aussitôt entre les Mesfîoua et les Ourîka, si bien que les
premiers iinirent par enlever aux seconds le territoire d'Ar'mât.
El H'bîb nous assure que la source de l'Oued Armât est située dans un lac ou guelta, nomme Ifni, duquel sortent trois rivières: l'Oued Zàtà l'orient, l'Oued Ar'màt au milieu et l'Oued Nefîs à l'occident. Près de ce lac, tous les ans, a lieu un grand moùcem et l'on y fait des sacrifices (1). Tels sont les renseignements d'El H'bîb : on voit qu'ils appartiennent surtout au domaine de la légende ; pourtant il est instruit, curieux et avisé, et nous l'intéressons beaucoup en tirant successivement de nos cantines El Bekri, El Idrîci, Léon l'Africain et Marmol (2) dont nous lui traduisons les descriptions. Il écoule avec attention cl il prend un goût très vif à noter les points de ces descriptions qui sont encore vérifiables aujourd'hui.
Comme au temps d'El Bekri il y a encore ici une sâguia appelée Tar'rit, mais l'eau n'en est pas saumàtre; les jardins que décrit le célèbre géographe existent toujours, seulement il n'y a plus guère de palmiers. Encore aujourd'hui, et avant d'avoir lu El Bekri, il nous a semblé que les habitants avaient un teint jaunâtre. Il est possible que la grande quantité d'eau, la fertilité du sol causent de nombreux cas de paludisme et nous avons vu ce soir pas mal de fiévreux. Les scorpions abondent toujours, comme à l'époque d'El Bekri, et l'on nous signale des cas de piqûres mortelles.
(1) Cf. DE FoucADLT, Deconn., p. 95; El Bsuni, Irad. rie Slane, p. 354.
(2) El Bekri, lnid.de Slane ; El Idrîci, Irad. Dozy ; Léo.n, éd. de 1830; .Marmol, Irad. PerroL d'Ablancourl.