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LA FIXATION DES NOMADES

mades (1) : elle représente la médita on maison d'hivernage, tandis que la tente est la maison de pâturage, puisqu'elle se déplace au fur et à mesure des besoins des troupeaux alors que la hutte ou nouâla reste le point d'attache du nomade.

Mais un grand nombre de tribus nomades du H'oûz ne le sont plus que de nom et ne déplacent presque plus leurs tentes; elles deviennent petit à petit complètement sédentaires, ce qui est à peu près le cas des populations que nous traversons en ce moment. Alors les nouàla se multiplient, s'agrandissent, s'agglomèrent môme dans l'intérieur la cours délimitées par des haies en épines ou zeriba, et les tentes deviennent de moins en moins nombreuses, jusqu'au moment où elles disparaissent.

A un degré plus avancé la nouala se diversifie, admet des matériaux d'origine européenne, s'accompagne de cabanes du type du gourbi et finalement cède le pas à la maison en pierre. Tel est le processus habituel de la fixation des nomades ; on peut en observer les phases diverses en maints endroits du Maroc, en particulier dans les Doukkàla et en général dans les banlieues des villes.

C'est un phénomène corrélatif de l'individualisation de la propriété et de son morcellement, amené inévitablement par le mode et la nalurc des cultures au voisinage des grands centres. La première éta])c de cette évolution est l'apparition de la nouàla et comme il n'y a plus au Maroc

(1) Mcrràkech, I, pp. 283-290.

de tribus purement nomades, elle accompagne toujours la tente en ce pays.

Quand on considère, dans les pays où nous sommes maintenant , ce mélange de la tente et de la hutte, on ne peut s'empêcher de penser que cette dernière a peut-être été conçue sur le modèle de la tente. Sa silhouette en effet en rappelle assez bien les grandes lignes, surtout si l'on imagine le mur vertical un peu moins haut. D'autre part, il n'est pas rare de trouver des tentes, autour desquelles on adonné une hauteur plus grande que d'habitude au petit mur d'épines qui en garnit généralement la circonférence. Nous avons même eu l'occasion de voir, dans le Nord du Maroc, des cas où ce mur avait été surélevé et consolidé avec des roseaux. S'il eût été plus haut d'un mètre on aurait eu l'image exacte d'une noudla dont le toit conique eût été une tente.

Les Sa'âda sont bien cultivés. Ce n'est pas sans étonnenient que nous y admirons de beaux champs de vignes soigneusement pioches ; des Européens ne désavoueraient pas ces cultures. Puis nous revenons dans la plaine sablonneuse cl, de nouveau, le relem, planle qui aime les dunes littorales, borde notre chemin et couvre le pays. Ses tiges vertes et flexibles ondulent à perte de vue, tandis qu'à droite nous avons toujours les durs escarpements du Jbel H'adîd.

Enfin,àcinq heures etdemie, nous arrivons à la mosquée de Jâma' el Abiod' où se trouve le marabout de Sidi'Ali ben Sa'îd. La maison du cheikh est près d'ici, nous y allons.

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u;. 87. — Lu porte do l;i casba crime oriicmeiitalioii très simple, mais non dépourvue d'élégauce (p. 375).

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DAH ER REGRAGUI 367

et après nous être perdus plusieurs fois dans des jardins très étendus et bien cultivés, nous campons près de sa maison. Il nous reçoit bien, il est habitué aux Européens, car c'est un protégé anglais. Les protégés ou plutôt les associés agricoles {msoûber) anglais sont très nombreux dans cette région-ci et l'on ne dirait guère à voir les pratiques des maisons de commerce anglaises que c'est l'Angleterre qui a jadis demandé aux autres puissances européennes d'abolir la protection.

26 Mai. — Le camp levé à six heures, nous continuons notre chevauchée dans la grande tribu de T'âlla, la même dans laquelle nous avons voyagé hier toute la journée. La terre est sablonneuse et envahie dans les endroits incultes par le relem, mais féconde : les maïs, les orges, les vignes se succèdent sans discontinuer ; quelques arganiers seulement de temps en temps interrompent l'uniformité de la plaine.

Au bout d'une heure, nous laissons à droite Dàr er Regrâgui (pi. XLI, fig. 79), ancienne maison d'un caïd cjui fut emprisonné il y a quelques années, tandis qu'à gauche au loin dans les plaines d'Aqcrmoud', étinccllcnt sous le soleil les deux coupoles blanches de Sîdi bou Bker et de Sîdi 'Abdallah bcn Ali'med. Une demi-heure après, à droite cl à millanc de la montagne, nous apercevons le marabout de Sidi Ouasmîn que l'on aj)pelle « le sultan des Regràga ».

Encore une demi-heure et voici le sanctuaire de Lâlla Taour'irt, une sainte dont le nom signifie simplement « monticule » : elle est en clTet située sur une éniincuce. C'est l'is-

lamisation d'un sanctuaire primitivement anonyme. Les Lâlla Taour'irt sont très répandus dans toute l'Afrique du Nord, aussi bien, par exemple, que les Lâlla Tamesguida, ce dernier nom venant de l'arabe « mesjed » qui signifie oratoire et dont nous avons fait « mosquée » .

Notre chemin nous mène de nouveau en pleine montagne et prend une allure accidentée ; les terrains sont ferrugineux bariolés, argileux et ne manqueraient pas d'attirer l'attention d'un géologue. Mais voici que le long de notre chemin les branches des arganiers et leurs racines, déchaussées et à moitié sorties de terre, sont couvertes de cailloux parfois assez gros, par exemple du volume d'une orange, que les mains pieuses des passants ont placés là en guise d'ex-voto.

Cette pratique, comme celle des chiffons noués aux arbres, indique toujours la présence d'un sanctuaire très fréquenté par les pèlerins (1).

Quelques instants après nous descendons en effet dans un fond où se trouve un célèbre marabout Regrâgui (pi. XLI, fig. 80) ; l'endroit s'appelle //r/, nom berbère qui veut dire « caverne ». La nature du terrain tourmenté, rocheux, déchiqueté indique qu'il peut très bien y avoir eu par ici des grottes ou tout au moins des abris naturels. Or, c'est une observation ({ue nous avons maintes fois faite dans l'Afrique du Nord, souvent la présence de marabouts d'un caractère très ancien coïncide avec l'existence d'abri sous roche (2).

Mais voici qui justifie plus nettement la remarque que

(1) Merrâkech, I, pp. 89, 94.

(2) Infrà, in fine.

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