LE P,AYS DES REGRAGA
nous venons de faire sur rantiquité probable du culte célébré ici. A côté du sanctuaire, un des plus fameux des Regrâga, se trouve une pierre que l'on frotte de koh'el au moment du moûcem, c'est-à-dire de la fête annuelle du saint. Alors chaque pèlerin la touche avec la main et se frotte les yeux avant d'entrer au marabout ; c'est là évidemment une survivance très ancienne de culte des pierres.
En face du marabout de Sidi 'Ali bou 'Ali se trouvent des salines. Le terrain est par ici imprégné de sel qui s'étale de tous côtés en efflorescences blanchâtres. On nous dit, et nous voulons bien le croire, que c'est à cet endroit que le marabout regràgui enterra la lettre que le Prophète lui avait remise !
Nous sortons de ce territoire vénéré et nous remontons dans la montagne par une route accidentée; la couleur bariolée du sol, les plissements tourmentés des terrains donnent à ce chemin un aspect singulier. Enfin, vers neuf heures dix, nous sommes à Soûq eth Thlàtha, le marché du mardi, où se trouvent des salines.
Quelques arganiers sont encore çà et là chargés de pierres. Le nombre des arganiers sacrés dans le Chiâd'ma et les H'âh'a est grand : ce pays est propice au culte des saints. Les Regràga à eux seuls y ont peut-être plus île cent sanctuaires. LeChiad'mi répète avec orgueil : Koullargâna, Regrnrja, c'est-à-dire : « Autant d'arganiers, autant de saints des Regràga (1). »
(1) Cf. RiîNi'. Basset, Dicl. Sidi Ahmadh. )'oH.«c/,p. 32 du t. à p.
Edm. Doutté. — Mission» au Maroc. '■H
Voici, à dix heures, le marabout de Sidi 'Abdallah ben S'âlah. Depuis le marché nous sommes dans la grande tribu des Ouled'Aiça et la fraction où se trouve le marabout s'appelle El Qoûràt. Devant nous, légèrement à gauche, nous apercevons au loin la coupole de Sidi Brahîm.
Le pays est de mieux en mieux cultivé et à onze heures et demie enfin, nous sommes à la vallée de l'Oued Tensift, sur le bord de laquelle est située la zaouia de Sidi 'Aïça bou Khabia. Là, nous attendons nos muletiers pour déjeuner, car nous avions pris de l'avance: mais nos muletiers n'arrivent pas et nous sommes obligés de nous contenter d'un déjeuner de fortune acheté sur la place à des étudiants de la zaouia. Ces étudiants sont des Berbères ne sachant même pas encore parler convenablement l'arabe, alors que déjà ils apprennent le Coran par cœur ! Nous voudrions bien recueillir quelques informations sur la Médersa qui compte, nous dit-on, une centaine d'élèves, mais nous avons donné rendez-vous, par une lettre adressée à Saffi, à notre ami Si 'Allai 'Abdi : il doit se trouver à quatre heures ce soir devant les ruines de S'ouïra Qadima.
Nous partons donc sans attendre nos muletiers (jui nous rejoindront au but de notre étape, et accomi)agncs seulement du fidèle Bou Médiène nous descendons la rive de l'Oued Tensift au milieu de belles cultures de céréales. Il n'y a pas (le maisons dans la vallée; seulement, à trois lieurcs