UN FORT PORTUGAIS
doute y observer des pratiques fort anciennes. Un informateur du pays nous raconte qu'entre la mer et la zaouia il y a un cercle de pierres de dix mètres de diamètre environ au milieu duquel se trouve un autre tas de pierres à caractère sacré. Là, dit-on, les Regràga de la zaouia se réunissent à une certaine époque ; il paraît qu'ils font rituellement le tour de ce sanctuaire (// 'ou fou) a la fête du 'Aïd el Kebîr.
Enfin, il n'est pas quatre heures et demie, lorsqu'après avoir commencé à remonter le littoral vers le nord nous apercevons devant nous les ruines de Souîra Qadîma : à quelques centaines de mètres plus loin nous voyons un petit groupe de cavaliers qui vient du côté de Saffi. C'est Si 'Allai 'Abdi qui arrive ponctuellement au rendez-vous que nous avions pris avec lui, il y a une semaine.
27 Mai. — Souîra Qadîma signifie la vieille forteresse ( 1 ) : c'était en quelque sorte un ouvrage avancé de Saffi; sa construction qui a un caractère nettement européen est i)robablenient plus ou moins contemporaine de l'occupation portugaise de cette ville. La forteresse était placée de façon à pouvoir être facilement ravitaillée par mer: elle s'avance sur les rochers que battent continuellement les flots(pl.XLIII, fig. 84) et elle est située à l'enracinementd'une petite pointe rocheuse; du bout de cette pointe |)arl vuie ligne de récifs qui courent dans la direction de remboiichnre du Tensifl, à deux ou trois kilomètres.
Entre la côte et cette ligne de rochers, la mer est assez
(4) Sur Souîra, voy. suprù, p. 52.
calme, mais il est bien difficile de pénétrer dans ce petit bassin : c'est cependant par quelques brèches que les chaloupes portugaises y entraient et stationnaient dans ce petit port naturel; les échanges commerciaux se faisaient vraisemblablement sur la plage, qui est vaste et d'accès facile.
Aujourd'hui Souîra Qadîma entourée par les dunes est en partie ensablée (pi. XLIII, fîg. 83). Tout autour ne poussent que des euphorbes, le lotier lanugineux et le ç'aboùn el bh'ar, plante grasse bien connue que les indigènes emploient pour fabriquer du savon.
Sur les rochers, les moules sont particulièrement abondantes, les indigènes en pèchent de grandes quantités ; aussi le sol de Souîra Qadîma en est-il jonché : ce sont les modernes kjokenmoeddings ! La mer rejette sur la plage beaucoup de coquillages, des Mytilus, des Pecten. et des fragments de jambonneaux.
Les murs du fort, construits en bel appareil moyen, sont, vers le bas, revêtus d'un glacis légèrement oblique (pi. XLIV, fig. 86). Aux deux angles Sud-Est et Nord- Ouest de l'enceinte rectangulaire sont flanquées deux tours (pi. XLIV, fig. 85) : elles portaient peut-être des canons. La porte du fort, qui était située à l'Est, est actuellement démolie. Au-dessus d'elle on voit, dans la maçonnerie, d'épaisses sohves en thuya qui se sont conservées malgré les intempéries (voy. le plan, p. 368).
Les pierres de cette construction étaient toutes taillées; celles du glacis et celles des angles particulièrement semblaient avoir été taillées avec le i)lus grand soin. La tradition
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musulmane dit qu'elles ont été apportées de Portugal : cela n'est pas impossible et c'est même probable en ce qui concerne les pierres des angles qui contiennent des scellements en plomb. La légende ajoute que le fort fut bâti en une nuit et qu'il contient des trésors immenses enfouis on ne sait où ni à quelle profondeur !
De Souîra Qadîma nous revenons maintenant à Dar Ah'maïddoûch pour en lever le plan. Ce n'est plus ici un petit fortin, mais une forteresse de grandes dimensions et le plan en est compliqué. Cette forteresse comprend deux parties, dont l'une qui forme comme un réduit inclus dans une grande enceinte, et que pour la clarté de la description nous appellerons le mechouar, tandis que nous réunirons tout le reste de la construction sous le nom de casha.
Le mechouar était entouré d'un fossé (pi. XL VI, fig. 90) très semblable au fossé portugais de la forteresse de Saffi ; une paroi intérieure du fossé était en plan incliné et revêtue de mortier. On traversait le fossé par un pont en l)ri(iues donnant accès sur une cour. En sortant du pont on passait entre deux fortins pourvus de canons et construits sur bord du fossé. On se trouvait alors au bas de l'enceinte même du mec/iouar, fortilîée de tours rectangulaires : au pied des murs se trouvent encore deux canons abandonnés (pi. XLV, fig. 88).
On franchissait cette enceinte par une porte unique située à peu près en face du pont. Cette porte d'une ornementation très simple, mais non sans élégance était, comme les autres murs, en briques recouvertes de j)làtre (pi. XLV, (Ig. 87).
En entrant, on trouvait sur la droite un petit réduit pouvant abriter une sentinelle ; puis on défilait par un passage étroit entre les murailles dans lesquelles étaient ménagés des logements et un escalier pour monter sur le sommet des murailles. On sortait enfin par une porte étroite et l'on se trouvait alors dans la cour du mechouar (pi. XLVI, fig. 89). Au milieu de cette cour se trouvaient des magasins, constitués par cinq voûtes en briques, d'une profondeur de vingt mètres, élevés et éclairés par des jours pratiqués dans les voûtes.
A gauche dans le mechouar se trouvent des amas de ruines dans lesquelles il est facile de reconnaître des logements, mais il ne serait possible d'en restituer le plan que par une exploration plus minutieuse.
De l'autre côté de la porte et dans le mechouar aussi, se trouvait un petit oratoire ; le mur d'enceinte et le mih'rab ont été conservés. La porte d'entrée, conservée également, semble garder des traces d'inscriptions.
Quant à la casha dont l'enceinte était fort vaste, elle offrait plusieurs petits corps de bâtiments ; la destination de deux d'entre eux nous est inconnue ; le troisième était une mosquée n'offrant rien de rcmar([uable. Elle était à peu près carrée, ayant une vingtaine de mètres de côté, avec quatre rangées d'arcades (pi. XLVII, fig. 92){piisont encore debout et un minaret extérieur situé au sud de l'enceinte et haut de quinze mètres environ (pi. XLVII, fig. 91).
Dans lecoin nord-est de la casha était une enceinte rectangulaire de vingl-cincj sur soixante-dix mètres. Si l'on