LÉGENDE DES SAINTS JUIFS DE SAFFI
ben Zmirrou. La nuit, l'enfant se mit à pleurer; un homme se présenta à lui et lui demanda : « Que fais-tu là? » Le paralytique lui raconta son histoire.
Alors l'homme, qui était en réalité un génie domestique des Ouled ben Zmirrou, disparut sous la terre, qui s'entrouvrit et laissa voiries sept rabbins. Ils lisaient toujours dans leurs livres ! Après avoir été leur causer, le génie revint et dit au paralytique : « Va-l'en ! », et il lui donna un coup de pied. Aussitôt le paralytique se leva et| marcha.
Il alla à la porte de la ville et en attendit l'ouverture : dès qu'il fut entré, il se rendit chez sa mère. Mais celle-ci ne voulut pas le recevoir, quoiciu'il lui criât : « Je suis venu à pied ». Alors les voisins crièrent à lanière : « Ouvre donc à ton fils, il marche! » Ainsi rassurée, la mère ouvrit à son enfant qui reprit sa place au foyer.
Quelques jours après, il alla visiter le sanctuaire des Ouled ben Zmirrou et y porta du benjoin, de l'encens et une bouteille d'huile. Comme il y était encore, il fut surpris par la nuit et s'endormit. Au milieu de la nuit, il fut secoué par le même génie qui l'avait guéri et lui dit : « Que viens-tu faire encore ici ? » L'autre répondit : « Je viens, en témoignage de ma reconnaissance, faire une offrande aux Ouled ben Zmirrou, mais je suis bien pauvre et je voudrais bien que vous fissiez quelque chose pour moi. »
Le génie entra chez les Ouled ben Zmirrou, qui étudiaient toujours dans leurs livres, et ceux-ci après s'être consultés, lui firent donner par le génie un flocon de laine. En le lui remettant le génie lui dit : «Voici ta fortune, tu peux t'en aller. »
Edh. Doutté. — Missions au Maroc. 26
Quelque temps après, il arriva qu'un Juif qui avait grand mal aux yeux, alla pour être guéri passer la nuit chez les Ouled ben Zmirrou. Ceux-ci lui apparurent en songe et lui dirent d'aller trouver El H'âjj'Abdelqâder, l'ancien paralytique. Il y alla et 'Abdelqâder lui dit : « Ce n'est pas mon affaire. » Mais comme le juif insistait, disant qu'il était venu de la part des Ouled ben Zmirrou, 'Abdelqâder prit dans un coin le flocon de laine et le lui passa sur les yeux ; aussitôt il fut guéri.
Depuis cette époque El H'âjj 'Abdelqâder a continué à guérir les gens de toutes sortes de maladies ; il vient seulement de mourir, il y a quelques mois. Lorsqu'il faisait une cure, il adressait des prières aux Ouled ben Zmirrou, en passant le flocon de laine sur la partie malade.
Son tombeau, qui est à Saffî, est également visité par les juifs et par les musulmans.
Ainsi parla la femme de Làloûz. La légende qu'elle nous raconta n'est pas une des moins curieuses du maraboutisme judéo-musulman marocain, le lecteur y aura déjà reconnu le thème de la légende des sept dormants ( 1 ) . Le pèlerinage des Ouled ben Zmirrou, â la fête de H'elloûla, réunit autour de leur sanctuaire un grand nombre de Juifs, qui passent la nuit en prières et aussi en plantureux repas.
Nous faisons le tour de Saffi, en passant au pied des grands remparts où nous remarquons une curieuse échauguetle(pl. LI,fig. 99) et des armes portugaises (pi. L, fig. 97).
(1) Voy. Magie et religion, p. 198.