UN OLIVIER GÉANT ET MARABOUT
Nous revenons par Bàb er Rbât'. Le Rbât' de SalTi consiste en une enceinte qui paraît extérieure à l'ancienne ville portugaise. C'était une sorte de camp religieux où les croyants, à l'époque héroïque de la lutte entre les Portugais et les Chérifs, s'exerçaient à la guerre sainte et s'y préparaient par des prières et des pratiques piétistes. Aujourd'hui encore l'endroit est considéré comme sacré, on n'y laisse pénétrer les chrétiens et les juifs qu'en murmurant.
Là s'élève le charmant petit marabout de Sidi Ah'med ben Moûmen. Hier nous avions été voir de l'autre côté de la ville, du côté de Bàb el Qouâs, les deux sanctuaires de Sidi Brahîm et de Sidi lOuâfi ; nous avons ainsi visité tous les grands saints du pays, rijâl el hlâcl, juifs et musulmans : « Qu'ils nous soient utiles auprès d'Allah », comme disent dévotement les indigènes en pareil cas !
31 Mai. — A notre départ de Safii vers sept heures un quart du matin notre petite caravane défile par Bàb er Rbât' ; nous ne nous dirigeons pas directement sur Mazagan, mais nous allons visiter auparavant un des sanctuaires les plus fameux des environs de Saffi, Lâlla Zebboûja, c'est-à-dire « Madame l'Olivier » situé dans la fraction de Mrâmir.
Notre hôte a tenu à nous accompagner car l'hospitalité pour lui ne s'éteint i)as au seuil de la porte. Nous cheminons sur un plateau cultivé, mais en cette saison dépouillé de ses récoltes; au delà du chemin bordé de retem, le passage est morne et égayé seulement de la verdure de quelques maïs. Après une heure environ nous arrivons à Làlla Zebboûja.
C'est un gigantesque olivier sauvage dont le tronc est
divisé eu un très grand nombre d'énormes branches, (pi. LUI, fig. 104). Elles s'élancent presque au ras de la terre et étendent de tous côtés leurs ramifications sinueuses. Çà et là elles touchent le sol et y ont poussé des racines, d'où sont sortis des troncs d'oliviers secondaires qui mêlent leurs branches aux autres : l'ensemble forme un réseau extrêmement compliqué. Du dehors cela apparaît, non comme un olivier, mais comme un bosquet d'oliviers qui n'a pas moins de cent vingt-quatre mètres de tour : il n'y a pourtant là qu'un seul arbre qui est resté relié à ses rejetons par l'intermédiaire d'énormes branches.
Sous cet arbre bien des fois séculaire règne une ombre épaisse; une brise fraîche souffle à travers les branches; autour sont quelques ohviers plus petits. Sur les rameaux noueux sont attachés les chiffons habituels des cultes anciens et, dans un creux du maître tronc sont déposés des débris de poteries sur lesquels on brûle des bougies; il y a aussi un certain nombre de lampes.
On sait que ces lampes, d'une forme très antique, ne sont jamais rempUes d'huile; il en est ainsi dans maints pays de l'Afrique du Nord et l'on peut voir à Alger chez les marchands des lampes en terre vernissée verte que l'on porte aux sanctuaires des marabouts de la région, mais où on ne brûle presque jamais d'huile, car leur emploi est depuis de longues années tombé en désuétude en Algérie. On ne les fabrique plus que pour servir d'ex-voto.
A côté du grand olivier, se trouve un petit h'aouch attribué à une prétendue chérifa, mais le nom de cette sainte