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L'ASILE DE TIT

tons alors dans les dunes où la marche devient des plus pénibles. Ces dunes sont envahies par des myriades de criquets qui n'ont par encore d'ailes : ils couvrent dimmenses surfaces et marchent tous dans la même direction.

A dix heures vingt, nous sommes à la qoubba de Sidi Moh'ammed ben Dâoûd : à gauche, le plateau des Doukkâla se termine par une falaise de rochers tubulaires qui s'éboulent et laissent à découvert de nombreux abris sous roches. Nous gravissons le plateau et nous trouvons là un petit groupe de tentes de Seràh'na ; puis à midi nous quittons le bord de la falaise pour couper au court dans l'intérieur.

Enfin à une heure nous sommes à T'it' (1) : T'it' est une ville musulmane assez importante ; alors que Mazagan n'existait pas, elle était la capitale de cette région. Aujourd'hui T'it' est presque complètement ruinée.

Il n'en reste guère que des miu-ailles (pi. LIV bis, fig. iOa bis) flanquées de tours, soit rondes, soit carrées, soit polygonales (pi. LIV bis, fig. iOo bis). Il y a trois portes dont l'une seulement s'est bien conservée. En hâte, nous en faisons un petit cro({uis très approximatif. Le territoire de T'ît' est sacré : c'est un h'orin. On a{)pelle h'orin une certaine étendue de terrain située autour d'un sanctuaire, tel qu'une mosquée, mais surtout un marabout, une zaouia, un cimetière. Ce terrain est considéré con)nie inviolable, c'està-dire (ju'il est un asile où l'on ne peut venir incpùéter les fugitifs.

(1) Voy. Merràkech, p. 125 et fig. 31.

Rien n'est chang-é pour cela à la situation juridique des meubles et immeubles de ce h'orm. Les propriétés qui sont dans le h'orm peuvent être vendues ou achetées ou être l'objet de toutes sortes de contrats, sauf ceux qui naturellement souilleraient le h'orm, comme la présence d'animaux immondes, tels que des porcs. Si même un habitant du h'orm fait des dettes en dehors du h'orm, on peut vendre ses propriétés dans le h'orm, mais on ne peut saisir sa personne. On ne chasse pas dans le h'orm : dans certains il est d'usage de passer à pied, on retire son chapeau de paille ou md'oll. dans les pays où l'on en porte.

La limite du h'orm est marquée par des pierres, à moins qu'il n'y ait des bornes naturelles, rivière, crête ou chemin. L'origine du h'orm est attribuée soit au marabout qui l'a fixé de son vivant en faisant signe de respecter tel individu à tel endx'oit ; soit à un étranger qui fait un rêve ou qui a une vision; il se forme aussi peu à peu par l'usage. Par exemple le terrain réservé aux moûcem est naturellement h'orm.

Il y a des h'orm immenses ; celui de Moulaye Idrîs compte, dit-on, toute la montagne du Zerhoûn. Moulaye Idris de Fez s'étend à tout un quartier. Le h'orm de T'ît'a bien dix kilomètres de diamètre. A Moulaye Ben Zerkhtoûn il y a aussi un très grand h'orm. D'autres fois il se i"éduit à une petite enceinte autour du marabout, même au sanctuaire lui-même. Dans le h'orm, il peut y avoir ou non des h'abous. Le h'abous et le h'orm sont deux choses distinctes.

En Algérie, le droit d'asile des /l'orm n'est plus reconnu ;

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MAZAGAN PORTUGAIS 395

de plus les chrétiens et les juifs traversent les h'orm sans être inquiétés, mais ils existent toujours pour les musulmans (par exemple les villages de chérifs en Kabylie). Au tombeau de Sidi Mah'ammed ben 'Aouda, par exemple, on descend de cheval, on ôte son chapeau de paille, on prononce une formule pieuse en pénétrant dans le h'orm.

De T'ît' nous partons à grande allure pour atteindre Mazagan deux heures et quart après.

Mazagan offre d'intéressants vestiges de la domination portugaise , des remparts énormes entourent la ville de tous côtés (pi. LV, fig. 108) et ne laissent d'issue qu'une seule porte. Le vieux port est encore intact et la jetée qui n'a certainement pas été réparée depuis l'évacuation de Mazagan par les Portugais, sert encore aujourd'hui au débarquement des passagers et des marchandises.

Au milieu de la ville se trouvent d'énormes citernes surmontées par une grosse tour qui servait sans doute de phare aux Portugais et qui est encore aujourd'hui intacte. M. Brudo, le vénérable doyen de la colonie française et qui tient depuis quarante ans à Mazagan le drapeau de notre pays, projette d'y faire étabhr de nouveau un feu pour éclairer les atterrages de la rade de Mazagan, si funestes aux marins, comme en témoignent les carcasses de navires naufragés (jui dressent encore çà et là au-dessus de l'eau leurs lamentables débris.

[Il ne fut pas donné à M. Brudo de voir ce dessein se réaliser. Le Makhzcn n'osait s'y opposer directement, mais iltransforma la tour en minarel, relié par un petit pont à

une mosquée voisine ; c'était un moyen détourné d'empêcher les chrétiens maudits de s'y étabhr.]

On promène à Mazagan le voyageur sur le sommet des remparts d'où l'on a une vue charmante sur le port ; on lui montre une prétendue ancienne église portugaise dont nous ne savons trop que penser, et, dans une cour, un énorme chapiteau grossièrement épannelé (pi. LV, fig. 107) dont l'origine nous est inconnue.

Quand l'étranger a vu tout cela il ne lui reste plus beaucoup de distractions dans les deux uniques rues de Mazagan. Il n'y a plus qu'à faire une promenade à la Qaïç'arya ou marché des étoffes, qui se tient en dehors de la porte de la ville et ensuite au pittoresque village nègre dans lequel se loge la populace musulmane de Mazagan. Là on peut observer toutes les variétés d'habitations sédentaires depuis la tente fixée jusqu'à la maison en pierres sèches et même en pierres jointes, en passant par toute une série de formes intermédiaires de nouâla et de gourbis (1).

[Aujourd'hui le village nègre a disparu : des maisons européennes le remplacent ; petit à petit la population s'installe là où autrefois il n'y avait que de misérables cabanes, et, l'hiver, un grand lac formé par les pluies. En môme temps la Mazagan des Portugais se vide ; mais longtemps encore les masses de leurs constructions grandioses rappelleront la tentative de ce peuple hardi qui fut maître d'un empire plus grand que celui de Rome. Leurs conquêtes

(1) Voy. Merràkech , p. -289, fig. 73.

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