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LE SANCTUAIRE DE CHELLA

Je descends dans le bas-fonds où s'élèvent le minaret et les deux marabouts : toute cette verdure est faite de quelques gros micocouliers et d'oliviers entre lesquels les ronces ont tendu d'infrancbissables lacets. Au milieu de tout cela s'élève un ensemble de constructions ruinées d'où émerge le minaret: il y a une dizaine d'années on pouvait visiter les ruines très facilement. Mais les promenades des mécréants choquèrent les musulmans et le Makhzen fît fermer la petite enceinte dans laquelle se trouvent les ruines.

Un moqaddem est préposé à la garde des sanctuaires de Sidi loûnès et de l'Imàm El H'açan, et loge dans une mesquine cabane adossée aux murailles croulantes. Je suis devenu l'ami de ce saint homme, grâce à quelques pièces de monnaie laissées à propos dans le creux de sa main et il me laisse sans difficulté souiller de ma personne impure les lieux sacrés pour les musulmans.

Je pousse donc, sans autre formalité, la petite porte en bois, et j'entre dans ce qui fut probablement le logemcnl des sultans mérinides, bien qu'on n'y trouve plus guère aujourd'hui (jue des ruines de sanctuaires: le minaret, une mosquée en briques très ordinaire, lourde, sans ornementation, un oratoire et deux tombeaux. Chacun de ces tombeaux est dans une petite pièce ornée de versets du Coran et d'un entrelacs rectiligne, avec des noms d'attributs de Dieu en médaillons el consiste en une pierre de marbre blanc, à forme de toit, portant une inscription en fort beaux caractères arabes.

Ces inscriptions nous apprennent que nous sommes Ih

en présence du tombeau d'un Sultan mérinide et de sa femme. Le Sultan est le célèbre Abou l'H'açan'Ali, le conquérant de Tlcmcen et de Tunis, le restaurateur de Chella, et sa femme se nommait Chems Ed Doh'a, ou <( Soleil du matin ». Les historiens musulmans nous disent que ce fut une ouni oualad, c'est-à-dire une esclave concubine ayant eu de son maître un enfant et qu'elle était d'oriyine européenne : c'était sans doute quelque prisonnière de guerre.

Gela nous reporte au milieu du quatorzième siècle : le peuple qui se soucie peu de l'histoire, mais qui a ces tombeaux en très grande vénération, en a fait la tombe du Sultan noir et de Lâlla Chella. Le Sultan noir est un personnage légendaire dont le prototype historique est inconnu, mais auquel sont attribuées dans l'Afrique du Nord et particuhèrement au Maroc, toutes les ruines musulmanes dont on ignore l'origine. Quant à Làlla Chella c'est tout simplement la personnification des ruines.

Ces ruines sont envahies par une végétation désordonnée. Toute la flore des vieilles murailles est là : le ricin, qui, sous ce climat, est arborescent et vivace, la pariétaire, l'acanthe, l'ortie, l'arum... Les blocs de maçonnerie éboulés sont couverts de mousses et d'hépaticfues ; les ronces s'enlacent aux colonnes restées debout ; les fines lanières du fenouil s'étalent sur le haut des murs; un solanum à feuilles épineuses et à fleurs violettes décore la mosquée; les fougères disjoignent lentement les pierres ; tout se nivelle sous la poussée lente et aveugle de cette végétation puissante, el la vie exhubéranle de l'indilTérenle nature

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