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L'ISLAM ET LES RUINES

reprend ses droits éternels sur la caducité de l'œuvre humaine.

Ce cadre de ruines sied bien à un sanctuaire musulman. La pensée fondamentale de l'Islam n'esl-elle pas que tout revient à Dieu ? Ces murailles éboulées rappellent au fidèle qui vient en pèlerinage au tombeau de Sidi loùnès que la dounia, ou ce bas monde, est essentiellement périssable et qu'il n'y a de durable « qu'Allah, l'Unique, le Vivant, Celui hors duquel il n'y a point de divinité ».

22 Juin. — Le matin, dès l'aube nous avons quitté Rabat (1) ; nous avons suivi la grande rue (pi. LVI, fig. 109), que l'on appelle aussi le « soco » (de l'arabe soûq « marché ») parce que c'est là que se trouvent les magasins de tous les commerçants de Rabat, qui alimentent de leurs marchandises la ville et la campagne. Il n'y a encore, à cette heure matinale, cjue de rares passants; pourtant la rue n'est pas déserte; sur le marché aux grains, en arabe la » rah'ba », les campagnards commencent à arriver et déchargent leurs mulets des tellîs gonflés par les sacs d'orge et de blé.

Descendus sur les bords du Rou Regreg, nous traversons l'estuaire pour nous rendre h Salé. Salé est fièrc a la fois de son antiquité et de son puritanisme : c'est la seule ville importante de la côte que n'ait point souillée l'infidèle,

(1) Voyage effectué en 1901. Ces pages ont, été écrites pour les Annales poliliques el lillrraires dans Icsijiielles elles ont \>:\vu l'ii tiill.

car aucun Européen n'y habite. Au seizième siècle, constituée en petit royaume, elle fut le refuge des pires renégats de la chrétienté et épouvanta le monde par l'audace de ses corsaires.

Mais la piraterie a vécu, et Salé s'est éclipsée devant la prospérité de Rabat : aujourd'hui, calme et silencieuse autant que Rabat est agitée et bruyante, elle repose dans son isolement splendidement fanatique, séparée par le Bou Regreg de sa voisine qui est devenue un des boulevards du sultanat et l'entrepôt du commerce de la vallée du Sebou.

Le Bou Regreg à son embouchure roule une eau grisverdâtre sur quelque trois mètres de fond. Devant nous, Salé, assise sur une plage de sable, laisse briller au soleil l'éparpillement de ses terrasses blanches. Débarqués sur cette plage nous franchissons la porte et nous longeons d'abord de grands jardins, situés dans l'enceinte de la ville, mais s'étendant hors du groupe des habitations.

Des norias, ou machines à élever l'eau, les canaux d'une irrigation abondante attestent que nous sommes en présence d'une culture maraîchère soignée ; à notre droite, au travers des agaves improprement appelés par les Français d'Afrique « aloès », nous apercevons le curieux minaret de Sidi 'Abdallah ben H'açoûn (pi. LVI, fig. 110), gris, lourd, massif, du type habituel des minarets berbères, orné d'un curieux entrelacs rectiligne : il s'élève au-dessus des toits en tuiles vertes vernissées qui caractérisent dans ce pays les sanctuaires en renom. De l'autre côté, au delà des jardins, la coupole du marabout de Sîdi bon 'Achîr, puis rembouchure du fleuve,

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