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CAMPEMENT DU SOIR

l'anniversaire de la naissance du Prophète, la fête annuelle de ces sectaires bien connus. Nous cheminons avec eux et notre marche en est ralentie. Pourtant nous arrivons à Lâlla Yet't'o vers quatre heures un quart. Là est un grand douar avec une grande nzâla, c'est-à-dire un gîte d'étape pour les caravaniers, mais ces gîtes sont presque toujours pleins de vermine et nous avons pris l'habitude de nous établir en dehors de l'enceinte des nzàla.

Comme d'habitude aussi, un caïd qui a là sa résidence ne veut pas nous laisser camper en dehors; il crie, il dispute nos muletiers, il prend à témoin les assistants ({u'il ne peut plus répondre de notre sécurité, il se démène comme un diable. Pendant ce temps nous faisons planter les premiers piquets de nos tentes par trois hommes de confiance. Quand celles-ci s'élèvent le caïd s'inchne devant le fait accompli et regagne sa demeure dans le plus grand calme : éternelle histoire des conflits avec les Musulmans !

Mais nous avons là d'autres mésaventures ; nos mulets n'en peuvent phis et il faut eu chercher d'autres : or personne n'est pressé de nous louer. Nous demandons l'appui du caïd qui montrait tant de souci de notre sécurité tout à l'heure, mais il nous éconduit avec une sincère désinvolture : décidément le prestige des Français est eu ce moment médiocre par ici. Enfin nous trouvons à louer deux chameaux pour le lendemain, mais à des prix onéi-eux.

N'importe, le campement est charmant dans le cré|)usculc (lu soir. Devant nous s'étend une (laque d'eau dans laquelle se mire la coupole blanche de Sidi 'Aly El Touhârai,

accostée d'un palmier dont la grêle silhouette se détache finement sur le ciel. Une ombre encore lourde de chaleur descend sur la plaine, on n'entend plus que le bruit confus des bestiaux qui rentrent, et, peu à peu, le douar ben Khedda s'ensevelit dans le silence et la nuit.

24 Juin. — A six heures et demie du matin il y a déjà plus d'une heure que notre campement est levé et que nous sommes en route. Dès l'aube, les réclamations bruyantes des deux chameliers nous ont réveillés : dans la nuit ils avaient augmenté leurs prix. Une discussion tapageuse a eu heu entre eux et Si Bou Médiène qui est plus que jamais un haut personnage religieux et qui finit par vaincre leur résistance en leur lançant les foudres de sa malédiction chérifienne.

Un groupe de femmes, dont les maris sont prisonniers à Fez et à Marrakech, viennent se plaindre à nous; elles nous disent « Entoùma l'Islam », c'est-àdire « C'est vous qui êtes l'Islam », autrement dit : « Vous êtes plus miséricordieux que les Musulmans eux-mêmes. » Mais depuis que nous parcourons le Maroc, on nous a dit cela tant de fois que nous n'en sommes ni flattés ni émus.

Vers dix heures enfin nous sommes à l'Oued Beht, befie rivière mais dont le débit n'est guère proportionné à sa longueur, si tant est qu'elle vienne d'aussi loin que l'iudique les cartes. Sur ses bords nous trouvons avec bonheur de beaux figuiers dont les jeunes feuilles d'un vert intense donnent une ombre lourde. C'est là que nous nous installons pour notre repas et nous ne repartons qu'à trois heures

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