LES MARÉCAGES 41S
un quart après la forte chaleur, qui est accablante dans cette immense plaine.
C'est la plaine féconde des Cherârda (pi. LVIII, fig. 114) : en ce moment, où les récoltes sont enlevées, elle est envahie par une belle ombellifère à fleurs blanches en ombelle serrée et par un grand chardon à fleurs jaunes. Çà et là, des cultures de maïs jettent la note gaie de leur verdure. Devant nous, vers la gauche, le Jbel Tselfàt dresse son pic élevé ; en face on aperçoit la montagne sacrée, le Jebel Zerhoûn, tandis qu'à droite court toujours la ligne noire delà Ma'moûra et que de l'autre côté se découpent les silhouettes bleues des montagnes du R'arb.
Nous traversons une série interminable de plaines marécageuses dans lesquelles de petites mouches aflolent les bêtes et sont insupportables à tous parce qu'elles s'introduisent dans les oreilles dont elles ne peuvent plus sortir. L'après midi dans l'immense plaine a été très dure et vers six heures seulement nous arrivons à Qaç'ba ben Chleuh'.
C'est une casba auprès de laquelle est un très grand douar. Tout autour sont de joUs bois d'oliviers : on n'imagine pas le plaisir que l'on éprouve à reposer la vue sur de beaux oliviers quand l'œil est accoutumé depuis longtemps déjà au monotone horizon delà plaine sans arbres. Le terrain est devenu plus accidenté, la végétation plus variée et plus broussailleuse.
Le douar est, comme toujours, mélangé de tentes et de nouâla, c'cst-à-dirc de cabanes on branchages d'une forme cylindro-conique, analogues à celles des villages soudanais.
Ces nounla, c'est leur nom, sont la transition entre la tente, l'habitation du nomade et la maison, habitation du sédentaire (1). Les ruines éparses dans le douar attestent que jadis des constructions importantes se sont élevées ici.
Sur les murs croulants, sur les portiques délabrés, d'innombrables cigognes se tiennent immobiles dans leur pose hiératique. Le soir, au crépuscule, leurs claquements de bec émeuvent l'espace d'un bruit sinistre et, quand elles s'envolent ou s'abattent avec un bruit mou de l'air sous leurs ailes, elles semblent des oiseaux fantastiques. Nous nous installons tant bien que mal ici ; après s'être montré malgracieux le caïd s'amadoue et nous envoie un pain de sucre et de la paille.
Les 'Aïçàoua ont continué leur route vers Sidi Qâcem. Ils cheminent par groupes, khoiiân, c'est-à-dire membres de la Société, ou simples pèlerins qui vont chercher la bénédiction de Monseigneur 'Aïça. Jeunes et vieux marchent lentement et se protègent contre l'ardeur du soleil, les uns |)ar des ombrelles, les autres par d'énormes parapluies, d'autres encore par une sorte de visière en carton rouge, très grande, qu'ils adaptent à leur turban et qui leur donne vaguement une apparence cocasse de jockeys. Les étendards sont déployés : tout cela marche sans ordre et sans se presser.
25 Juin. — A six heures et demie du matin nous voici sur les premières pentes de la montagne ; nous passons à
(\) Suprù, pp. 364-.366.