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LA VILLE DE PHARAON

il n'en reste plus aujourd'hui que des piliers, le cintre s'étant écroulé (pi. LX, fîg. 118).

Il est impossible de faire comprendre à celui qui ne l'a pas ressentie lui-même, l'émotion qu'éprouve le voyageur plongé depuis des mois dans la barbarie haineuse de l'Islam lorsque, fatigué de l'indigente architecture arabe, il retrouve le style simple, la belle solidité et l'exécution soignée de ces beaux monuments qui durent comme la marque éternelle du génie latin.

Aujourd'hui les t'âleb de Fort'âça ne connaissent plus les constructeurs de ce qu'ils s'obstinent à appeler dans leur superbe ignorance le qçar Far'oûn « la ville de Pharaon ». « C'est là, nous disent-ils, avec assurance, l'œuvre des Johâla (1). )• Voilà toute l'explication que nous pouvons tirer de ces cerveaux durcis dans un fanatisme séculaire et atrophiant. Hélas ce sont eux les ignorants, car Johâla en arabe veut dire « ignorant », et ce terme esi employé par eux pour désigner tous les peuples qui ont précédé la venue de Mahomet.

Chaque fois que nous insistons pour avoir quelques détails sur celle ville romaine, on ne sait que nous raconter l'histoire d'un « caballei'o » qui vint fouiller ces ruines pour y chercher un trésor : nous finissons par comprendre qu'il s'agit là de M. de La MarLiniôre. On pense également que nous ne venons pas dans un autre but (jue d'y rechercher des richesses enfouies par nos ancêtres.

[\)Suprii, p. 38i.

De Volubilis on voit nettement, au fond du vallon et sur le flanc de la montagne, la zaouia de Moulaye Idrîs : les maisons sont divisées en deux groupes dont l'un s'appelle plus spécialement la « zaouia ». Nous prenons sans scrupule le chemin de cette zaouia et nous arrivons presque jusqu'au pied (pi. LXI, fig. 119), un peu avant le pont qui est en bas de la ville. Notre conduite commence à paraître un peu hardie : en route nos gens se sont mis en retard et nous ont abandonnés successivement, sauf l'un d'eux. En effet, il paraît que nous accomplissons là un acte d'audace : il provoque une effervescence à laquelle nous ne nous attendions pas.

A peine nous aperçoit-on aux portes de la ville que des gens sortent et se mettent à nous invectiver en nous criant qu'on nous défend d'avancer. La zaouia est h'orm (1), aucun chrétien comme aucun juif ne doit pénétrer sur son territoire et, bien que nous n'ayions pas encore dépassé la limite, qui est le pont, on croit que nous allons la franchir et cette seule idée cause un tumulte considérable.

Des gens descendent en courant de la ville et quelquesuns brandissent des fusils. On nous enjoint sous menaces d'avoir à partir sans délai : pour sauver la face, nous n'obéissons pas immédiatement et nous prenons quelques photographies sous le feu roulant des injures. Enfin nous remontons à cheval après une dernière bordée d'insultes et nous revenons au campement;

(1) Suprà, pp. 393-395.

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