EPILOGUE 43S
avoir un plein effet que si elle est prise à l'origine de ce que nous appelons « la mise en valeur du Maroc ».
On délimiterait d'ores et déjà de grandes réserves, des chaînes entières de montagnes, de vastes étendues de steppes, des massifs de forêt, dans lesquels les constructions et les cultures seraient interdites ou considérablement restreintes. Surtout on « n'aménagerait » pas ces réserves pour le « tourisme ». Il y a dans ces deux expressions une contradiction : c'est le développement du tourisme qui tue le tourisme.
Ce sont d'autres préoccupations qui doivent présider à l'institution des réserves. Le développement des cultures et, pour tout dire, de la civilisation anéantit des races entières de végétaux et d'animaux, et prépare des modifications climatériques impossibles à prévoir. En conservant les témoins du passé, en ne détruisant pas inconsidérément ce que nous ne pouvons pas créer, nous accomplirions un acte de grande sagesse et de longue prévoyance.
Notre intervention n'atteint pas que la nature; elle menace la société marocaine elle-même. Cette société, nous l'avons dépeinte à l'occasion, telle qu'elle était au lemps du « vieux makhzen » ; nous la décrirons plus complètement encore, mais nous avons déjà dit la simplicité des musulmans marocains, la grandeur de quelques-uns de leurs vieux usages, le naturel de leurs attitudes, leur piété naïve et leur résignation silencieuse.
Il est tlifficilc au chrétien de juger le musulman; le préjugé de race nous aveugle malgré nous : il montre leur piété