ÉPILOGUE
dégénérant en fanatisme, leur ascétisme en paresse, leur réserve en indifférence, leur résignation en fatalisme, leur solidarité en parti pris. Tout cela sans parler de la violence, du vol, du mensonge, de la perfidie, que l'on rencontre chez les Marocains les plus barbares, comme chez tous les peuples primitifs.
Il faut faire un effort pour apercevoir leurs qualités. Non seulement le préjugé de race nousaveugle, mais c'est comme un vice de l'esprit humain qu'il voit d'abord dans les choses ce qui est mauvais. Le disciple ne fait qu'exagérer le défaut du maître et le pastiche n'est que la caricature du chefd'œuvre. La critique, dit-on, est aisée ; mais la vraie critique est celle qui met en lumière les qualités d'une œuvre, et cette critique-là est le plus souvent difficile.
C'est ainsi que nous ne remarquons pas toujours assez chez les musulmans la beauté de leur vie simple, leur discrétion dans le langage, la pudeur de leurs scrupules (ce qu'ils appellent, d'un terme intraduisible, la « h'aiâ », l'aisance de leurs manières... La civilisation musulmane du Maroc, sous une apparence barbare, a d'incroyables délicatesses.
Maintenant que nous avons coupé le fd des destinées marocaines, que deviendra cette civilisation? Le Berbère de l'Afrique du Nord est réfractaire à notre influence, mais l'expérience de l'Algérie est suffisante pour montrer qu'il finira par être entraîné invinciblement. Les officiers d'Affaires indigènes, les administrateurs de commune mixte qui ont pu voir les mêmes circonscriptions indigènes à trente