LA LEGENDE DE SIDI FARES
breuses légendes maraboutiques qui prévoienl la conquête de l'Afrique du Nord par les chrétiens.
On attribue à Sidi Fâres de nombreux miracles dont voici un exemple. On raconte que le fds de Sidi Phares, ayant tué un Marocain d'une tribu voisine, les gens de cette tribu vinrent trouver le père pour lui demander vengeance. Le saint faisait la sieste sous un figuier; à leur approche, il se leva, et lorsc[u'ils lui eurent exposé l'objet de leur visite, il leur dit : « Ne craignez rien, je vais vous donner le prix du sang. » Alors, secouant le tronc du figuier, il en fit tomber une pluie serrée de pièces d'or que les gens se mirent à ramasser avidement.
En route nous avons perdu un fusil sur le territoire de Tah'ennaoul ; à notre arrivée nous avons été nous plaindre au cheikh que cetle arme ne nous eût pas été rapportée. Celui-ci est désireux de nous être agréable; les Berbères de la montagne, lorsc[u'ils ont décidé d'accueillir un étranger, sont moins fanatic[ues et plus bienveillants que les gens de la plaine : l'influence du Makhzen commence à être moins sensible ici. Le cheikh, dans l'après-midi, réunit la jniaa, c'est-à-dire l'assemblée des chefs de maison du village et la jmà'a décide qu'on recherchera le fusil et qu'on le rendra; de plus on nous fait savoir qu'elle répond de la valeur de celle arme. Une heure plus tard le fusil, retrouvé en la possession d'un serrâli', ou « berger », nous est rapporté.
La bonne foi est donc en lioinicur ici, mais les nuvurs son! [)lus farouches : le soleil s'est caché, nous sommes assis
près de notre tente et nous ne voyons passer que des hommes ayant le fusil sur l'épaule : après le magreb on ne sort pas sans être armé. Peu à peu les allées et venues cessent; l'ombre est descendue, on n'entend plus que le bruit du ruissellement des eaux et quelques mélopées un peu tristes modulées sur la ilùte des pâtres ; parfois un bêlement de chèvre pleure dans la nuit.
4 Mai (1). — A six heures du matin, nous quittons notre campement de Tah'ennaout. A peine ai-je fait quelques pas que mon unique montre tombe et se casse. Cette perte m'est très sensible, car je ne pourrai plus maintenant noter mon itinéraire et je devrai me contenter de m'exprimer à la mode musulmane : \il elfejei-, « à l'aurore » ; 'aled d'olior, « vers midi et demi » ; 'al el 'nc'er, « vers trois heures et demie ». Ajoutez y le wngreb, c'est-à-dire le « coucher du soleil » el le 'acha, « la nuit compiclc », et vous aurez les cinq moments qui servent aux musulmans h diviser la joui-nce. Bien peu connaissent le ci' oh' a, « vers dix heures du matin », et du /('/<•/• au d'olior, c'est simplcuienl le s'bâh', « la matinée ».
C'est simple et suffisant ; on ne se figure pas avec quelle facilité un Européen peut perdre l'habitude de découper le
(1) Suite liii voyage précédeiil.
temps en quarts d'heure et en minutes. On arrive rapidement à régler l'emploi de ce temps d'après la hauteur du soleil, et la chaîne des heures en paraît plus légère à porter.
Quant à mon itinéraire, j'en ferai ici mon deuil sans trop d'ennui et mon lecteur aussi, je l'espère : car j'ai déjà dit que l'apparente précision de cet itinéraire ne devait tromper personne. Nous n'avons nullement la prétention de faire œuvre de géographe et nous ne donnons notre horaire que pour situera peu près notre route et permettre au besoin de la vérifier par la consultation des cartes dues aux Larras, aux Flotte de Roquevaire, et à nos officiers topographes...
Au pied de la zaouia, nous traversons le lit de l'Oued Moûlaye Ibrahîm, puis nous cheminons dans ce lit même qui renferme actuellement peu d'eau. C'est une nouvelle végétation qui nous entoure : les lauriers-roses, dont les fleurs vont bientôt s'ouvrir, des rosiers sauvages, des tamarins au feuillage blanchâtre, des volubilis bleus, des lotiers lanugineux et les grandes touffes visqueuses d'un ononis jaune.
Quelques instants après notre départ, nous nous engageons dans des gorges profondes et étroites : il souffle aujourd'hui un vent chaud ([ui s'engouiïre dans ces gorges eu violents courants d'air. Elles sont tellement resserrées que souvent elles n'olTrent |)<)iiit au voyageur d'autre chemin (pic le lit même de l'oued. Lorsqu'elles lui laissent une mince rive, celle-ci n'ofl're à la marche des chevaux «lu'un étroit accotement.