UN CHAMONIX D'AFRIQUE
tremble ici déjà, clans ce lieu voisin du sanctuaire el qui n'est ni la terre ni le ciel, en attendant de recevoir ou de déposer l'espérance. L'ombre du saint pèse sur l'homme, pleine d'éneri^ies redoutables, heur ou malheur, baraka ou hàn, suivant l'arrêt des destins et le souhait de Moulaye Ibrahim.
Maintenant la gorge s'évase en une vallée (pi. VI, fîg. 12), qui abrite des bosquets de frênes, et sur les bords de laquelle gisent de gros blocs de pierres éboulés de la falaise voisine ; ce n'est plus la roche bleue de tout à l'heure, mais la pierre blanchâtre du calcaire jurassique, appartenant peut-être au bathonien. Puis la vallée s'élargit tout à fait ; encore une demi-heure de marche et nous voici dans une sorte de cirque où se trouve Asni, grand village des R'ir'àya, Asni, que l'on a appelé le Chamonix de l'Atlas ; mais c'est un Ghamonix sans les neiges éternelles du Mont-Blanc, sans glaciers, sans forêts el sans torrents qui bondissent toute l'année en cascades écumantes, un Chamonix d'Afrique !
Après être passés sans nous arrêter devant Asni, nous quittons l'Oued Moulaj^e Ibrahim ou Oued R'ir'àia pour remonter un de ses affluents, qui est très court. A l'endroit où cet affluent débouche dans la vallée de l'oued, le terrain peu fertile révèle, par sa couleur, la présence du fer: là, au milieu de fragments de roches éruplivcs mélaphyriques et porphyriqucs, a[)parlcnanl peut-être au permien, nous ramassons des échantillons d'hématite enrobée dans une gangue quartzeuse (1).
(1) Les échantillons que nous avions recueillis dans ce voyage nu GoundAR
ont iM(? remis par nous à M. lirivos, professeur de niin(5ridopic à la l'aciillô des
Le petit ravin que nous remontons est peuplé de thuyas et se termine rapidement au col de Tizi Ouadou, par lequel nous passons dans le bassin de l'Oued Nefîs. Le paysage rappelle certaines contrées algériennes : c'est une remarque que nous pouvons étendre à presque toutes nos courses dans le Maroc. Nous avons déjà écrit autrefois : « Si quelque malin génie saisissait le voyageur algérien et le transportait en un clin d'oeil au Maroc sans lui dire le nom de ce nouveau pays, bien souvent celui-ci ne saurait plus s'il a quitté l'Algérie ; comment distinguerait-il les plaines du Nord marocain, couvertes de myrtes et de lentisques, des maquis du Tell algérien ? »
Notre paysage des environs d'Asni, c'est encore de l'Algérie, mais d'un autre genre. Qui ne connaît, dans notre colonie, ces vallées ravinées où les terres s'éboulent de tous les côtés et oîi le sol est tantôt couvert d'une maigre futaie de pins ou de thuyas et tantôt tapissé de la lîroussaille des cistes aux feuilles visqueuses, des genêts hérissés d'épines, des cytises aux folioles soyeuses, des retem aux minces rameaux, des coronilles jaunes, des ononis revêches ? Le chemin, dans ces fourrés sans fraîcheur ou dans ces garrigues ensoleillées est généralement mauvais, (oui en descentes et en montées continuelles, croulant de partout. C'est le pays dans lequel nous voyageons aujourd'hui ; mais ici le thuya est la seule essence forestière et les
lettres d'Alger en 1902 ; il a bien voulu se charger de les déterminer. Ceux d'Asni révélaient la présence de gîtes miniers. M. Brivos visita la région dans son voyage de 1903-1904. (Voy. Mar.,\i. 163.)