TEMPÊTE CHANGÉE EN BONACE
rien ajouter. Ma sortie est certainement pleine de dignité, mais au fond je suis fort ennuyé, car je nie rends compte que je ne pourrai rien faire sans leltre du caïd. Je prends donc le parti de rester toute la soirée sous la lente et j'y fais des réflexions pénibles, car la perspective de repartir demain et de perdre l'occasion de retrouver le fameux tombeau du Maluli me contrarie vivement.
Le lidcie Bon Médiène, qui cependant m'avait fait prévoir cet accueil, partage mon ennui : nous conférons tous les deux et nous concluons que nous allons essayer de gagner du temps en demandant à rester au moins la journée du lendemain sans bouger de notre campement, mais cette demande n'est pas mieux accueillie. Gomme je ne me montre pas disposé à céder, les esprits s'exaltent et des groupes se forment çà et là.
Sur ces entrefaites, voici un cavalier, qui, débouchant de la vallée, arrive en grande hâte a la casba ; c'est le (ils du caïd lui-même (jui est, paraît-il, porteur d'une lettre de son père. Que contient cette lettre? Personne ne doute ([uc ce soit l'ordre de me faire rebrousser chemin au phis vite ; •mais, ô surprise, hi lettre ordonne au contraire de nous traiter avec honneur et de nous laisser parcourir le (îoundâfi tant que nous voudrons. On nous prie toutefois de ne point passer de là dans le Soiïs.
Si Bou Médiène vient m'aïuioiiccr cette nouvelle avec joie: le mkhâzni est tout heureux, il lriouq)he de la déconvenue de ses envieux qui dénonçaient déjà sa prétendue perfidie, et voici que sa disgrâce menaçante se change au
contraire en faveur. Les effcls de ce revirement ne se font pas attendre, et une demi-heure ne s'est pas écoulée que nous voyons arriver la moûna d'usage. Sans doute le caïd, après avoir appris notre départ, a jugé qu'il ne pouvait se dispenser d'envoyer un ordre écrit et il aura profité d'un voyage de son fils pour lui remettre la fameuse lettre. Le soir, nous prenons la grammaire de Stumme et nous en faisons l'essai auprès des Chleûh' qui nous entourent. Ils sont fort étonnés en voyant que je me mets à leur parler dans leur langue ; je dois dire que je ne savais pas à cette époque dix mots berbères et que, cependant, je fus toujours parfaitement compris par les Chleûh' depuis le Goundâfi jusqu'à Mogador quand je leur lisais les phrases écrites dans leur langue par Stumme. Si je me permets de faire cette remarque c'est parce que la grammaire de Stumme a été composée en Allemagne et que j'ai parfois entendu dire que les conditions de ce travail avaient pu nuire à son exactitude : on doit proclamer qu'il n'en est rien et il n'y a pas de meilleur moyen jusqu'ici d'apprendre le chelh'a que de l'étudier dans Stumme.
6 Mai. — Nous employons notre matinée à régler un certain nombre de questions d'équipement et à écrire des lettres : en particulier, nous envoyons un reqqâs' ou >< courrier » à Marrakech pour y prendre notre correspondance, dans l'espoir de trouver avec lui des pellicules i)hotogra-