MORALITÉ
Autrefois, avant que le Makhzen actuel eût la main sur le Goundâfî, les guerres étaient perpétuelles, ainsi que les meurtres. Les meurtriers, ou les gens que poursuivait la haine d'un village puissant, demandaient asile tantôt à la sainteté d'une zaouia, tantôt à la vaillance de ([uelque personnage considérable qui les prenait sous sa protection. Souvent aussi un fuyard poursuivi de près entrait dans une maison et saisissant une femme par la taille, il se trouvait ainsi placé sous la sauvegarde de cette femme. L'honneur de celle-ci et celui de son mari se trouvaient engagés par ce seul geste, au point que tous les hommes valides de la maison se considéraient comme obligés de le défendre. Cette vieille coutume berbère, encore bien vivante chez les Zaiân, les Tàdla el les Brâber, a été décrite par plusieurs voyageurs aux ouvrages desquels nous renverrons ici (1). Depuis que le Makhzen s'est installé au Goundâfî la protection de la femme n'est plus efficace. On observe aujourd'hui une grande diminution, presque une disparition de ces sentiments d'honneur qui sont encore si vivaces chez certaines peuplades. La moralité des habitants du Goundâfi semble, au regard de celle des Hcrbcrcs moins arabises, s'être beaucoup abaissée. Des scènes tle promiscuité qui soulèveraient l'indignation d'autres peuplades de l'Atlas s'accomplissent ici presque au grand jour.
(1) Dii Foucault, Quedi:nli-i;i.ut
Les femmes mariées sont très libres et d'une facilité déconcertante; cette facilité va jusqu'à la provocation. Si Bou Médicne ti-aversant les champs était l'objet continuel de propositions qui révoltaient sa pudeur chérifienne, au point qu'il était oblii^é, avec ses compagnons, de leur crier : « xVllali isellemna menkoum » , c'est-à-dire : « Que Dieu nous préserve de vous », pour leur faire honte. Leurs faveurs au surplus ne sont pas gratuites, mais confondent l'imagination par la modicité de leur tarif. Le khalifa du caïd profite largement de ce relâchement des mœurs et exerce d'une façon étendue un « droit fin seigneur » presque incontesté.
Quand un père veut établir son lils, il lui fait savoir qu'il a l'intention de le marier avec telle fille. Le fds guette la fille sur un des chemins qu'elle suit pour se rendre à la fontaine ou aux travaux des champs et cherche à se rendre conq^te du bonheur futur (pie lui réserve la décision paternelle. Le père, après s'être assuré que cet examen est favorable, charge deux ou trois notables de son village d'aller pressentir la famille de celle qu'il veut donner pour fiancée à son fils.
Lorsque, par des visites réciproques, un accord s'est établi, le père du futur fail porter aux parents de la fille des dattes, du henné, des panloudes, de la toile... Ces cadeaux accompagnent la demande en mariage ou khoi'ba, après lacjucllc ou récite la /;////? ',7 .• c'est à partir de ce moment (pie le mariage est juri(li(pieiucnt Aalable.
Le jour de la fête étant arrivé, le père de la lille préparc