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MARIAGE

à manger, fait moudre du l^lé, tue un mouton et un veau, et les donne à ceux qui vont venir prendre la femme pour la conduire chez son mari. Ils passent une nuit dans la maison de la fiancée: le lendemain, ils emmènent la fille, entièrement voilée cl à dos de mulet. Un nègre la conduit; et par derrière, une négresse tient la queue de la mule.

On arrive à la maison maritale : le fiancé s'avance et fait descendre sa fiancée. Il a près de lui un vase de miel et un pain ; avec le petit doigt il prend un peu de miel et l'introduit dans la bouche de sa femme, puis il lui casse le pain sur la tète. La mère du mari jette sur la fiancée un mélange de h'armel [Pogonum hnvmala L.) sec, d'alun et de sel. Cehi, me disent mes informatevu"s, est j)our éviter que l'on ensorcelle les deux époux dans le but d'empêcher le mariage d'être consommé.

Le premier jour, on mange, on danse, on fait la fantasia ; la femme est séparée de son mari et reste à part avec les autres femmes. Le mari, de son côté, ne quitte pas ses compagnons et les regarde s'amuser toute la journée : il s'abstient de prendre part aux divertissements. On lui donne, en lui parlant, le l'dvcdc Moulaye es Suull'ûn, c'està-dire « Monseigneur le Sultan ». Il reste continuellement voilé sous son capuchon et porte un sabre i)endu à son é[)aulc. Pendant trois jours on ne fait ([ue festoyer et se l'éjouir; ce n'est (pi'au l)out de ce délai que le mari se rencontre avec sa femme.

Il va la rejoindre la nuit et la trouve toute parée, assise dans rimmobilitc la pins c()nq)lètc et les yeux fermés, au

ICdm. noiriTi':. — Missions :iii Miiroc. <>

milieu des autres femmes: elle est ainsi depuis trois jours. Lorsqu'elle se trouve seule avec son mari, celui-ci lui donne une peseta ou même un douro, exceptionnellement deux ou trois douros : c'est ce que l'on appelle h'ell el h'ezâin, c'est-à-dire « dénouement de la ceinture ».

Lorsqu'il a exercé son droit conjugal, il tire un coup de fusil : cela indique que la jeune fille avait toujours été vertueuse. A ce signal, les femmes pénètrent dans la chambre des époux, se saisissent de la chemise de la mariée et portent en triomphe la preuve évidente de sa chasteté. Le village toul entier est admis à contempler ce signum innocenlix.

Au moment où l'on entend le coup de fusil, toutes les femmes qui se sont mises h pousser des cris aigus ou zr'àrit reçoivent une demi-peseta. Il arrive parfois que cet instant critique de la cérémonie traîne en longueur ; c'est , dil-on, que les t'àleb de l'endroit en veulent au mari et qu'ils ont fabriqué des amulettes pour ({u'il fasse à sa fiancée un affront immérité. Ce cas est, paraît-il, très fréquent, et la difficulté ne peut être résolue, me disent mes informateurs, que lorsque les t'àleb ont reçu une somme d'argent suffisante pour les décider \\ faire des prières susceptibles de dénouer ce qu'ils avaienl, noué.

La mère de la fille resle encore huit jours dans la maison marilale: il n'est pas d'usage que les nouveaux époux se cachent dînant ce temps. La dot, ou i)lulôl le douaire a|)porlé i)ar le mari, varie de cincj à trente douros. Le père de hi lillc, de son côlé, fait cadeau à celle-ci de ([uelques

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biens, comme une chèvre ou une vache, et le \idel ou notaire ( il y en a un dans chaque villai^e ) en dresse un acte.

La conduite des veuves est de la plus grande hberlé : elles ont, au vu et au su de tout le monde, juscju'à six ou sept amants simultanément, qui s'accordent entre eux mieux que Ton ne pourrait l'imaginer. Ces écarts de conduite, habituels, comme l'on sait, chez certaines populations de l'Afrique du Nord, par exemple dans l'Aurès, ne nuisent pas sensiblement à la considération tle la veuve et ne l'empêchent nullement de faire à nouveau un mariage sérieux lorsqu'elle a vidé la coupe des plaisirs.

La danse, chel. ah'ouach, est un des principaux divertissements au cours des fêtes qui accompagnent, non seulement le mariage, mais aussi les moûcem, c'est-à-dire les fêtes anniversaires de saints. Les hommes sont rangés d'un côté et s'avancent en dansant et en jouant du l'ûr, sorte de tambour à main. Ils forment parfois une bande de trente et quarante personnes de tout âge et ils saluent les femmes. Puis un homme se détache et va au-devant d'une jeune fille qu'il salue ; celle-ci sort du rang et ils dansent tous les deux l'un devant l'autre, sans se toucher; quand ils ont Uni, l'homme donne à la femme une piécette.

Les femmes mariées dansent avec les filles, mais ni les unes ni les autres ne jouent du l'iir, elles se contentent de frapper dans leurs mains, suivant l'ancienne mode berbère, le l'ûr étant une innovation arabe. Jamais les femmes ne

dansent seules et, parmi les hommes, il n'y a que les mouâlin ed dendân qui dansent, c'est-à-dire les musiciens danseurs de profession ; le dendân est le gombri arabe, autrement dit une sorte de guitare.

Comme partout ailleurs, et dans les mêmes conditions, le jeu de la koùra se joue au Goundàfi (1) ; c'est une balle en chiffons qu'on lance avec le pied vers un but ; lorsque le but est manqué, on dit que l'on met le herda' (le berda' est un bat de mulet) à celui qui a manqué son coup. Le tir à la cible est également très répandu: on choisit comme but une pierre ou une orange et le tireur le plus adroit est invité à manger aux trais des autres.

L'imposition du nom a lieu sept jours après la naissance ; les noms les plus répandus sont, pour les hommes, Moh'ammcd, Ah'med, Moh'and, Lah'sen, 'Omar... et pour les femmes, Mammâs, Fat'ma, Khadîja, Roqiya, Il'ajjou, Hànya, 'Acha (corruption de 'Aïcha), Oumm el Mân... L'usage de la kounia ne paraît pas bien répandu.

La circoncision se pratique vers l'âge de quatre ou cinq ans. Il est très commun qu'une femme adopte un enfant encore à la mamelle ; elle l'allaite ou le fait allaiter par une chèvre. Mais cette sorte d'adoption est plutôt une parente de lait et ne confère aucun droit d'héritage à l'adopté ; d'autre part, on n'adopte que des enfants en bas âge.

Les morts sont lavés par des mn'allemîn spéciaux ; les

(1) Voy. MeiTùkech, I, pp. 'M^-'A'-H; May. el licl., pp. 554-r)5S.

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