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LA BORDA CONTRE LES GÉNIES

de reqqàs', c'est-à-dire de courrier à pied, entre Marrakech et Mazagan; or, dans un de ses voyages, il fut suivi pendant plusieurs heures par un génie qui avait une têle de mouton avec du feu au bout de chaque corne.

Parmi les divers moyens que l'on en;ploie ici pour se soustraire à la malice des génies, il faut noter la récitation de la Borda (1) : c'est surtout en voyage qu'il est d'usage de la réciter pour faire obstacle aux mauvais desseins des jinn. Le voyage est toujours pour l'indigène une période critique de sa vie ; les endi'oits solitaires, le bord des rivières, les gorges sauvages sont peuplés de 'afrïl, c'est-à-dire de « génies » redoutables pour le voyageur. Ils s'assemblent aux carrefours des chemins afin d'égarer les caravanes en leur suggérant une fausse roule ; et c'est dans ce cas- là que la Borda est souveraine.

Si T'ayeb à ce propos nous raconte l'histoire d'une caravane dont il (il partie et qui fut attaquée par des génies qui lançaient à la tête des bêles et des cavaliers un sable aveuglant ; fort heureusement l'un des voyageurs savait quelques fragments de la Borda, et il les récita: aussitôt tous les membres de la caravane furent subitement changés en Bou Jloûd ou loups-garous. La partie inférieure de leur corps restait humaine et ils acquirent instantanément dans cet état une force surnaturelle ([ui leur permit de venir à bout des génies; mais cette métamorphose extraordinaire dura à peine le temps de fermer et d'ouvrir la pauj)ière, et les

(1) Poùmc en 1 honneur (lu Prophète. Voy. Mcrrdkech, I, p. 362.

génies ayant été ainsi repoussés, la caravane poursuivit sa route comme s'il ne s'était rien passé.

Entre le Jbel Agoundôz, le Jbel Azzaden et le Jbel Azgroûz, au-dessus de Tagadirl el Boûr, dans une khelâ, c'est-à-dire dans un espace désert, se trouve, nous raconte Si T'ayeb, une caverne à l'entrée de laquelle est une guella, c'est-à-dire un « bassin naturel » rempli d'une eau toute verte qui sort des profondeurs du sol et dont le trop-plein s'écoule par un canal. Là se trouve un arbre très grand, de l'espèce nommée iqqi, c'est-à-dire un thuya, ou mieux un Juniperus.

Cette caverne est le séjour d'un génie bien connu, musulman et révéré comme un saint musulman ; c'est Sidi Ghemliâroûj, qui est là l'objet d'un véritable culte. Auprès de la caverne se trouve une espèce de retrait en pierres sèches, dans lequel ceux qui ont quelque chose à demander à Sidi Chcmhâroûj, el particulièrement les fiévreux, car la fièvre sévit avec intensité dans la vallée de l'Oued Nefîs, viennent passer trois nuits consécutives. C'est la pratique deVish'khâra (2).

Tous lesans, comme s'il s'agissait d'un saint orthodoxe, il y a un moùcem auquel on vient de tout le Goundâfi, et même de plus loin. A ce moûcem, qui a heu fe s smùïm, c'est-à-dire pendant la canicule, on égorge au sanctuaire dti saint \ifrît^ des poules, un mouton, parfois un taureau noir. Voilà donc l'exemple d'un culte de caverne à peine is-

(■1) Sur Cliemhûroûj dans la magie iiiusiilmano, \o\.Afii(j.flReI., pp. 121. 160-1(H. (■i) Infrà, chap. ix, p. "275.

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