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SACRIFICES

lamisé, car bien que la doctrine musulmane reconnaisse formellement l'existence des génies, la personnalité de Ghemhâroûj est, pour ainsi dire, en marge de Forthodoxie.

Les musulmans plus stricts duGoundâfiqui veulent obtenir une grâce s'adressent aux véritables saints du pajs et par-dessus tout au célèbre Moulaye Ibrahim, dont nous avons parle. On hisse un mouton sur une jument et on le consacre à Moulaye Ibrahim en disant: « Si cette jument met bas un beau poulain, je te sacrifierai ce mouton. » Plus modeste, la femme qui a quelque grâce à demander, souvent à l'insu de son mari, dérobe tous les jours un peu de beurre, qu'elle met de côté et lorsqu'elle en a un pot, elle le porte au marabout. Ce sont les descendants de Moulaye Ibrahim ou à leur défaut le moqaddem du marabout qui mangent le beurre.

Sur les tombes des marabouts on égorge des poules, des chèvres, des bœufs et, si aucim personnel n'est attaché au sanctuaire, les t'âleb du pays suivent le pèlerin et mangent sur la place même la victime <pi"il a apportée, maisauGouudàfi le sacrifiant n'en mange jamais. Celui-ci peut encore apporter de la semoule et l'on fait du couscous sur place, qui est mangé par les mêmes bénéficiaires.

On sacrifie aussi beaucoup pour les malades; il est d'usage cpie le malade, comme pour Sidi Ghemhâroûj, aille dormir trois nuits de suite dans le sanctuaire du saint auquel il s'est adressé: on sacrifie une victime par nuit.

Lorsque l'on jet te les fondations d'une maison, on égorge une victime, de même (pic lorsepie la maison est terminée;

ici encore les t'âleb récitent des prières, puis mangent les victimes...

Le moûcem de Sidi Ah'med ou Moh'and a lieu huit jours après la fête musulmane du Mîloûd : celui de Sidi Moùça, dans rOued Agoundèz, a lieu, non pas à une époque fixe de l'année musulmane, mais pendant le mois d'août de l'année solaire; de môme celui de Sidi bou Brahîm, à Irguen, se fête en octobre. La fixation du moûcem d'un saint à une date du calendrier musulman correspond à un stade très avancé de l'islamisation du culte de ce saint : les fêtes des marabouts primitifs sont toujours fixées à une date solaire.

Les Goundâfa se servent à peu près exclusivement du calendrier julien. Ils appellent les mois : Innaïr, Braïr, Mars, Ibrîl, Mâiou, Noûniou, Ouloûliouz, R'oucht, Ghoûtenbîr, Ktoûber, Noûwanbir, Doujanbir (i). Il n'y a que les lettrés qui se servent, pour dater leurs lettres, du calendrier lunaire.

Les fêtes saisonnières, bien connues aujourd'hui dans l'Afrique du Nord grâce aux travaux de Destaing, se retrouvent au Goundâli, mais les survivances rituelles semblent peu nombreuses et peu caractéristiques (2).

La nuit d'Innaïr tout le monde lue une poule et mange des fruits secs, ainsi que des grenades, jjour que l'année soit douce. La 'ans'ra est connue, mais elle n'a ni rites de

(i) (;hofttenbir, Noûwanbir, Doujanbir se prononcent, avec une nasale très nette.

(2; Toutelbis, nous devons dire que nous n'avons pu prcuidre k ce sujet que des informations sommaires.

LE CAID 93

l'eau ni riles du feu, et le mot sert principalement à désigner le moment des fortes chaleurs. En cas de sécheresse, on fait des tournées de saint en saint : le rite de la cuiller à pot ne paraît guère développé (1).

A 'Achoûra on mange du gueddid, des noix, des légumes secs; toute la journée on se lance de l'eau à la figure et on baigne des femmes et des hommes dans l'eau de la rivière ; les juifs ont la même fête. La nuit de 'Achoûra on allume des feux ou cha'âla.

Il y a au Goundâfi deux zaouia, dont la plus célèbre est celle de Sidi Ah'med ou Moh'and qui est située à un endroit nommé Taçafct ; pour s'y rendre de notre campement on passe près deTamlilt, et sur le chemin, se trouve le tombeau du cheikh Nizouwi'arân. La zaouia est tenue par le fils même du saint, on n'y parle que le chelh'a ; même le fils du saint sait à peine quelques mots d'arabe. L'autre zaouia du Goundàfi est située à Timizar; elle est moins importante que la précédente, qui est très riche. La seule confrérie musulmane qui compte un nombre notable d'affiliés au Goundàfi est celle de Sidi Moh'ammed ou Nac'er.

Depuis que le Makhzen a réduit entièi-cmcnt les Gonndàfa sous son autorité, il leur a imposé un caïd qui les athninistre avec dureté, les villages ont perdu toute liberté ;

(1) Voy. Merràkech, I, p. 383 ; Ma(j. cl Bel., p|). 584-385.

les jmâ'a ne s'assemblent plus et, au Goundâfi même, on n'en garde que le souvenir. Le caïd omnipotent a absorbé tous les pouvoirs et toutes les fonctions publiques.

C'est ainsi qu'il est à peu près le seul, avec les zaouia, à donner l'hospitalité aux voyageurs. Toutefois, lorsque le voyageur se présente dans un village, il est toujours accueilli suivant la tradition indigène et musulmane. Le personnage le plus important du Goundâfi après le caïd, le seul qui ait quelque autorité sur celui-ci et qui pourrait au besoin lui résister, est le cheikh de Tagadirt el Boûr.

Le caïd entretient dans sa casba un t'âleb ; c'est lui encore qui nourrit l'imàm de la mosquée ; chaque jour il lui envoie sa moùna par un nègre. Pour se faire craindre, le caïd a deux prisons ; l'une, dans la casba du bas, est un souterrain où il fait enfermer ceux qui ne doivent plus revoir la lumière du jour. Ils sont nourris de pain et de dchicha ou farine de maïs délayée dans l'eau, juste de (juoi les soutenir. On met là surtout des gens des tribus du Soûs qui sont dans le commandement du Goundâfi ; il y en avait soixante-quinze lors de notre séjour, d'après ce que l'on nous a dit, mais il est probable que ce chiffre a été exagéré.

Il n'existe pas de peine de mort, la prison en lient lieu ; on ne coupe pas non plus le poignet aux voleurs, comme le veut la loi musulmane, mais on les laisse mourir en prison.

L'autre prison est destinée à recevoir ceux qui peuvent en sortir, mais ils n'en sortent qu'après que les parents ont payé au caïd la plus forte rançon que celui-ci peut tirer d'eux.

CAIDAT DU GOUNDAFI 95

Le principal impôt, le 'achoûr, une mesure de grain sur dix, est perçu par le caïd qui prépose à cette perception unmkhazni. Les amandes, les figues, les olives sont imposées aussi et, en fait, sous un prétexte ou sous un autre, le caïd arrive à prendre à peu près la moitié de la récolte, qu'on lui paie en argent. Un bœuf paie deux douros, un cheval trois douros, un mouton luic peseta cincjuante, une chèvre une peseta cinquante, un mulet trois douros et un esclave trois douros.

Les noms des dechra qui relèvent du commandement du caïd sont : 1" dans l'Oued Nefîs : Tagâdirt el Boûr, Amsguin, Imigdal, Imîdcl, Talat Ennes, Tariat ezdert, Tougg el Khîr, Taria, Tagmoût, Hennaïn, Out'a kherri, Tikioût, Talat en la'qoub, Ait Berrih, Imaounen, Tîn Mêl, Arr'en, Ifourir'en, Tàferr'oust, Talat n'aïn ; 2" dans l'Oued Agoundèz : Ijjoukaïk, Tamlilt, Taçafet ; 3" dans l'Oued Ar'i)ar : Moùldirt, Tagmoût (1), Ifezdâden, Amsed, Oukoûm, Tifni.

De plus, le caïd du Goundàfi commande aux tribus suivantes qui se trouvent dans le Soûs: Aït Ma'alla, Ait Hou Bker, Souktâna, Ouzîoua, Ounaïn, H'cnguïça, Amzàl, Izgàr, Tamctmazzer. D'autre part, le Makhzen a récemment enlevé au caïd du Goundâfi la moitié des Guedmîoua depuis la crête de l'Atlas jusqu'à Imi n Tala ; ce territoire a été redonné au caïd d'Amismiz. De môme on a repris au caïd du Goundàfi le territoire d'Agucrgour qui a été donné au caïd des Souktâna de l'Atlas.

(1) 11 y en a deux, celui-ci est le pays de notre informateur.

L'omiiipolence du caïd du Goundâfi ne connaît de limites que son équité, ou encoi^e la crainte de voir les habitants unir leurs ressources pécuniaires pour lui opposer un concurrent auquel le Makhzen, suivant ses procédés traditionnels, serait heureux de vendre le caidat le plus cher possible. C'est ce qui se produit à l'heure actuelle : le caïd du Goundâfi qui séjourne en ce moment à Marrakech, attend depuis deux ans la permission de retourner dans son commandement. Le i^ouvernement marocain reçoit de temps à autre, de ceux qui convoitent sa place, de forts pots-de-vin qui ont pour but de faire emprisonner le caïd, confisquer ses biens et donner le caïdat vacant au candidat corrupteur.

Le caïd, qui est chaque fois avisé officieusement, est obligé de donner un pot-de-vin plus fort pour rester maître de la situation. Ainsi chaque jour il achète plus cher son commandement et le Makhzen ne le laissera retourner chez lui que le jour où il sera sûr c(u'il ne pourra plus le pressurer davantage. Encore n'est -il j)as certain ([u'au lieu de le renvoyer tondre ses malheureux atlministrés, il ne le jettera pas ce jour-là en prison pour donner enfin sa place au plus haut et dernier enchérisseur.

C'est devenu un lieu commun de décrire ces procédés de l'ancien Makhzen ; c'en est un aulrc de llcirir leur immoralité, (^n soulieruhuil un paradoxe en les excusant, mais on ferait illusion en avançant que la civilisation européenne est exemple de telles défailhuiccs. Dans une société peu compliquée, comme celle du Maroc, les honneurs ne peuvent s'ache-

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