PARVA NUNC CIVITAS SED GLORIA INGENS 4H
On pourrait faire ici une étude approfondie des cultes primitifs : on y trouve en effet tous les types du culte des pierres et du culte des saints; et, on comprend très bien comment ce dernier s'est superpose au premier et l'a en quekjue sorte légitimé. Depuis le commencement du cimetière de rimàm el Mahdi nous n'avons cessé d'avoir en vue de tous les côtés les sanctuaires les plus variés : il y a le simple tas de pierres ou kerkoûr\ il y a le tas de pierres avec des haillons ilottant tout autour, déjà islamisé, comme celui de Lâlla 'Aïcha ; il y a la petite enceinte de pierres en forme de fer à cheval et haute à peine d'un pied; il y a l'enceinte carrée en pierres sèches; il y a le sanctuaire marabout ique franchement musulman. Nous sommes sur un terrain fertile en souvenirs propres h exciter les imaginations et ii provoquer les manifestations rehgieuses les plus variées.
Maintenant, nous traversons un espace rempli par un amoncellement de pierres, restes d'anciennes constructions ; puis on arrive à la Tîn Mcl actuelle : une grande maison en terre, flanquée de tours comme toutes les maisons des grands personnages de ces pays, s'élève là, entourée de maisons en pierres sèches avec un toit en terre battue supporté par des poutres de thuyas. Bien des demeures sont vides et tombent en ruine : l'aspect du berceau des Almohades serait tout ii fait désolé, si la verdure des amandiers et des oliviers ne mettait quelque gaieté dans l'air, et si les eaux courantes de la rivière n'apportaient un peu de vie dans le paysage.
Sur un petit plateau terminé au sud par un ravin escarpé, s'élèvent les ruines de la mosquée de i'Imâm el Mahdi: contre elle est adossée une misérable bicoque en pierres grossières et en terre battue; c'est la moscjnée actuelle. La misère du présent s'étale près des restes de la splendeur du passé, et ce contraste raconte l'histoire du pays.
Bien que la mosquée de I'Imâm el Mahdi soit entièrement ruinée et que l'on n'y dise plus la prière, c'est toujours un endroit sacré : elle est remplie de petits sanctuaires maraboutiques et pieusement vénérée dans toutes ses parties. Les habitants n'y souffrent pas la présence du chrétien: ils n'y ont, après nous, laissé entrer qu'un seul voyageur et probablement avec des réserves puisqu'il n'a donné de sa visite qu'une relation de quelques lignes et une image imprécise (1).
Cependant j'y suis rentré tout botté ; j'y suis resté une journée entière ; j'en ai photographié tous les détails; j'ai mesuré tous les murs ; j'ai mangé dans le mih'ràb et je suis encore étonné de n'avoir soulevé que quelques murmures (2).
(1) .l'ai donné pour la |)rcniière l'ois unp ilcsciiption isommairo de la mosfliit'-K do Tin Mùl dans Joiirn. asial., IMl.
(2) Huit jours apn':s notre départ du (Jotindàli, le capilaiiie Larras passaitprès de la mosquée et notait sur sa carte : « Tin Mcl, ruines. »
ri. Mv
f'iG. 27. — J'avais devant les yeux une grande mosquée cii ruines, du style de la belle époque almohade (p. H-i).
l'Ki. -28. —
de tous cùlcs j'apercevais les arcades en arcs bris revi^Uis d'ornenienis en pliln- (pp. Ili-ll5l.
SI BOU MÉDIÈXE
Je dois ce résultat inespéré non pas à mon propre savoirfaire, mais à l'assistance de mon fidèle ami Si Bon Médiène qui n'a pas hésité à s'élever au-dessus des préjugés habituels aux musulmans rigides, parce qu'il comprenait, mieux que ses coreligionnaires, la portée de notre exploration scientifique.
Si Bou Médiène, qui a toujours lui-même dans sa vie donné l'exemple d'un croyant convaincu bien que tolérant, jouissait au Goundàfi, comme nous l'avons déjà dit, d'une grande autorité ; un autre eût craint de la compromettre : il sut la mettre à profit intelligemment. Il ne cessa de répéter que j'étais un h'akim, c'est-à-dire, comme nous l'avons déjà cxphqué, une sorte de philosophe médecin ; que je n'étais pas un chrétien comme les autres, et il finissait par me le faire croire ; que je connaissais la profession de foi musulmane, et il me la fit exposer.
Il déclara (peut-être invoqua-t-il des textes) que puisqu'on ne disait plus la prière dans la mosquée, on n'y était plus tenu aux mêmes obligations qu'autrefois et (jue lui, descendant de la fille du Prophète, ne croyait pas devoir retirer ses chaussures pour y entrer. Joignant l'exemple au précepte, il les garda toute la journée à ses pieds dans la moscpiéc, pendant ([ue les autres indigènes qui nous suivaient curieusement étaient tous déchaussés ; en (juoi il me rendit grand service car il m'eût été pénible de faire comme eux.
Je m'efforçai de seconder ses procédés : j'avais appris jadis le commencement de la Borda, j'en répétai les pre-
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miers vers, ce qui produisit un profond étonneraent ; je citai la chehùda : u II n'y a de dieu que Dieu et Mahomet est son Prophèle », et je finis à ma grande surprise par ne plus rencontrer d'hostilité manifeste, allant et venant au milieu des marabouts et passant dans les cimetières sans qu'on me fît d'opposition.
Néanmoins, en entrant dans la mosquée je sentis que je ne devais pas me mettre de suite à prendre mes mesures et qu'il fallait ménager une transition; j'entrai le plus naturellement qu'il me fut possible par la porte entrebâillée et je manifestai aussitôt mon admiration pour ce monument par une exclamation d'allure pieuse et par une courte réflexion sur la profondeur des décrets de Dieu : « Il n'y a de force et de puissance qu'en Lui ». Personne ne souffla mot, une atmosphère de sympathie s'établit ; je sentis que la cause était gagnée et, peu à peu, avec Si Bou Médiène nous nous mîmes au travail.
Le fâcheux t aleb, dont nous avons déjà parlé, arriva sur ces entrefaites ; fort heureusement il arrivait trop tard. S'il fût venu plus tôt, son fanatisme haineux nous aurait peut-être empêché de réussir ; mais il eut beau murmui^er, il ne put retourner l'opinion. Si Bou Médiène le circonvenait et l'écrasait de sa ({uahté de chérif, en sorte que nous pûmes faire nos observations en toute sécurité.
J'avais devant les yeux une grande mosquée en ruines du style de la belle épocjue almohade (pi. XI"V, fig. 27), et de tous côtés j'apercevais ses arcades en arcs brisés et ses murs
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