L'HISTOIRE DU MAHDI
tait les princes qui le chassaient avec ignominie ou le reconduisaient avec honneur ; il séduisait les gens de la montagne, il y formait des adeptes comme ce fils de potier de la tribu des Koumia qu'il ramena avec lui à Tîn Mêl, 'Abdelmoumen.
Les historiens disent qu'à Marrakech il reprocha outrageusement au sultan almoravide ses écarts de conduite et confondit les docteurs ; leur cabale le fit expulser de la ville. La réalité est probablement moins grandiose : peut-être ne fut-il qu'un de ces mendiants comme ceux que nous entendions il y a quelques jours à Marrakech même. Ils rôdaient dans les rues, dénonçant à haute voix les innovations d'Abdelazîz et clamaient insolemment par les carrefours la malédiction divine. Et la foule, craintive, mais consentante, approuvait par son silence.
Quand l'Almoravide eut chassé le nouveau zélateur, celui-ci reprit le chemin de ses montagnes : quels rêves de réformes, quels projets de vengeance formait-il, quand avec son cortège de disciples fanatiques, il escaladait les pentes de l'Oued Nefîs? Un pauvre étudiant avait quitté les rochers de Tîn Mêl, un chef de secte y rentrait en triomphe.
Il était celui que Dieu avait choisi pour redresser les erreurs et diriger les croyants dans la voie droite, le Mahdi en un mot, car ce nom, pour le peuple, signifie plutôt ici « celui qui dirige >• que « le dirigé (j)ar Dieu) », conmie le veut l'orthodoxie (1).
L'Imâm el Mahdi, qui proclamait son impeccabiUté,
(1) Cf. Casanova, Mohnmmed el lu /in du Monde, pp. C5-6T.
groupa bientôt d'innombrables fidèles. Les historiens musulmans nous ont transmis le récit, altéré sans aucun doute par l'esprit de secte, de ses efforts et de son succès.
Entre temps, il élaborait sa doctrine, la réunissait en un corps et la traduisait en berbère ; il traduisait aussi le Coran. Son œuvre n'était qu'un médiocre plagiat de celle de Mâlik ; mais c'était une merveille pour les Mas'moûda de la montagne, à qui Dieu parlait enfin leur langue. Il proclamait surtout l'unité absolue et la spiritualité d' AUâh ; ses sectateurs en prirent le nom d'Almohades ou «unitaires ».
Bientôt il jetait les fondements de la mosquée que nous admirons encore, simple et nue comme la doctrine almohade, et, du haut du minaret massif, cinq fois par jour, le muezzin criait aux échos des roches implacables l'implacable dogme unitaire. Et c'était l'élan de la conquête, les férocités de la croisade, la ruée de la montagne sur la plaine, l'effondrement de l'empire almoravide. Dédaignant pour lui les honneurs du sultanat, Ibn Toùmert, du fils du potier fit le Gharlemagne des Musulmans. Puis, au milieu de ses fidèles de Tîn Mêl, il termina sa vie, austère comme le val sauvage.
L'Imâm el Mahdi est connu des indigènes actuels et sa légende est populaire dans tout le pays, mais les lettrés seuls savent qu'il s'ai)pelait Ibn Toûmert ; le mot de Toùmert n'est pas employé par ici et personne n'a pu me dire siu* place quelle était sa signification. Quelques lettrés ont eu connaissance des récits des historiens sur les Alraohades : il est donc impossible de chercher auprès d'eux des renseignements sur la légende populaire de l'Imâm el Mahdi. Nous