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MISSIONS AU MAROC

1"^'' Mai (I ). — Sorlis de la ville, à sepi heures du matin, par la porte de Bàb R'iuâl, ou mieux Ar'mâl, nous ehemiuons dans la grande plaine de MaiTâkecli. De ce côlé, les dattiers y sont peu nombreux : c'est au Nord, du côté des Jbîlcl, que se Irouveiit presque toutes les palmeraies. Ces palmeraies sont infécondes : le palmier de Marrakech (lii--. i) ne donne pas de dattes comestibles; mais sa racine ou jommàkh est un aliment estimé du peuple. J'en ai mangé : c'esl tendre, aciueux et l'ade, médiocre ré,i;al pour un palais d'Européen.

Dans la chaleur de la lourde matinée d'Al'riciue, la brise n'agite pas les pahnes raides et brillantes, qui semblent

(1) Voyage cffecluc en l'JOI, au loiiips «lu u vieux Makhzen ».

liliM. DOUTTÉ. — Misiions iiii Maroc. '

défier l'ardeur du soleil. Cet arbre orgueilleux veut avoir, disent les indigènes, la tête dans le feu et les pieds dans l'eau: et, du sein de la terre, nous entendons s'élever la plainte de l'eau courante, emprisonnée dans de profonds canaux. Ce sont les kJiel'l'ùrn. témoins de l'industrie passée des Berbères, et que le Marocain malhabile d'aujourd'hui sait à peine entretenir.

Après une heure de marche lente, nous passons près du village de Berràda : ce petit groupe de maisons a son intérêt. C'est, dans cette région, le plus septentrional des villages où l'on parle le dialecte chelh'a. Il y a seulement qvielques siècles que le berbère a cessé d'être la langue usuelle de Marrakech : nous savons par les anciens auteurs qu'on n'y parlait guère encore que lui au dix-septième siècle (1).

Le Makhzen l'en a chassé; et c'est ainsi que peu à peu, dans toute l'Afrique du Nord, la civilisation musulmane, non la civilisation française, le fait lentement reculer depuis quelque miUe ans devant la langue du Prophète (2), langue sacrée, langue du Coran, langue de tous les appels à l'intolérance, mais aussi langue plus souple, plus parfaite, inliuiment plus savante, presque comparable au grec dans la complexité de ses flexions grammaticales, et, même dans sa forme vulgaire, très supérieure au grossier langage des Berbères.

Toute la grande plaine quaternaire où nous marchons

(1) Maiimol, Affrica, fol. 33, r., col. -1.

(i] Kii.MoNi) Uduttk cl ICI'. (iAUTiiiii, U'isi). ilu bcrb., in f.

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