DERNIÈRES PENTES HABITÉES
scabreux qu'il soit, est entretenu avec assez de soin et notre route se poursuit sans incidents.
Je ramasse ici des échantillons de la roche qui forme le massif et qui est un conglomérat d'âge permien. Un peu plus loin il y a des accidents éruptifs, car nous rapportons de là des fragments d'un porphyre quartifère et d'une syénite micacée qui appartient, d'après M. Brives, à un îlot granitique inférieur au permien.
Dans le creux des rochers sont logés des essaims d'abeilles : les mouches blondes vont et viennent, bourdonnent, descendent dans la verdure de la vallée, et, des bosquets du pays bas, rapportent dans ces roches affreuses le miel d'un parfum acre et sauvage. Les pentes de la montagne ne sont plus du tout cultivées et il n'y a au fond du ravin, qu'un ruban de noyers qu'entretient l'humidité du sol, car la rivière ne coule plus dans son lit : une sâguia, accrochée par les Berbères industrieux aux lianes de la montagne, capte l'eau en amont et porte plus bas, derrière nous, la fraîcheur et la fécondité.
La seule plante qui égaie ces solitudes avec le noyer est une sorte de grand cytise à fleurs jaunes et à feuilles visqueuses, que nous n'avons rencontré (prici. Notre chemin s'est enfin abaissé, il a rejoint le fond du ravin et le caractère du paysage change encore une fois : au lieu d'un ravin à bords prescpie verticaux taillés dans une roche dure, c'est maintenant un val triste et désert creusé dans les schistes bleus du silurien et dont les pentes sont douces parce que cette roche est friable.
Ui LES SOMMETS DU HAUT-ATLAS
Nous suivons le thalweg, qui est ombragé de noyers ; le sous-bois au milieu de ce paysage alpin offre seul quelque vie : un ruisseau coule au fond du ravin. Çà et là dans l'eau c|ui court sous nos pieds, des renoncules aquatiques laissent, sur la sombre verdure de leurs feuilles découpées en fines lanières, flotter de grandes fleurs blanches. Quel dommage que je n'aie pas le temps d'herboriser et de rapporter des échantillons de ces plantes si polymorphes à quelque botaniste de la nouvelle école : un Gandoger en ferait certainement une nouvelle espèce !
Bientôt les noyers cessent et il n'y a plus que le cytise et quelques lauriers-roses. Le ruisseau est à sec, mais son eau ne s'était que perdue ; il reparaît plus haut. Quelques noyers de nouveau ombragent un carrefour de vallée, de petits carrés de maïs s'étalent au flanc d'un coteau et un petit groupe de pauvres maisons en pierres sèches apparaît.
Ce sont les dernières habitations humaines, un 'azîb (on disait en vieux français un « écart », ce qui traduit exactement le mot arabe) appartenant au caïd du Goundâfi, et où quelques troupeaux sont remisés : c'est Talat n 'Aïci. Audessus de nous, il n'y a plus rien que la nudité âpre de la montagne, jusqu'au col de Tizi n Mîri. Nous allons camper là parce (ju'il faut partir demain de très bonne heure pour franchir le col. Il se lève là-haul, à partir de midi, un vent d'une violence telle qu'il empêche souvent les montures d'avancer. Le 'ncer est passé depuis quelque temps, quand nous plantons notre tente, car notre marche a été pénible et lente.