ASCENSION U
Nous sommes à peine arrives que des femmes se présentent pour se faire soigner ; comme nous demandons avec étonnement d'où elles peuvent venir dans ce désert, on nous apprend qu'elles ont marché derrière nous depuis Taferr'oust pour nous rejoindre. Il faut bien leur donner satisfaction : elles repartent et nous restons seuls au 'azih, dans le silence elTrayant des hautes altitudes. Nous devons être en eiïct presque à deux mille mètres de hauteur; et, ce soir, au moment où nous rédigeons nos notes, bien que le campement soit établi au fond du ravin, bien que la tente soit hermétiquement fermée et que nous soyons roulés dans des couvertures de laine, nous grelottons douloureusement.
10 Mai. — Il doit être six heures du matin lorsque nous nous mettons en marche pour gravir les quelque mille mètres qui nous séparent du col. La montée est très dure, mais il n'y a pas de précipices, bien que la pente soit fort raide. Nous sommes encore dans les schistes bleus ; comme ils s'effritent facilement, ils forment des éboulis dans lesquels la marche est très malaisée. Le chemin, tracé dans ce sol meuble, n'a pas de solidité ; il est rongé sur les bords et le passage est souvent hasardeux.
La llore est très maigre ; une petite linaire, une sorte de slnfice a petites fleurs roses, cette dernière plante surtout avec ses touffes blanchâtres et ligneuses, donnent son cachet au paysage ; enfin des touffes nombreuses de grami-
Ui LliS SOMMETS DU HAUT-ATLAS
nées déjà défleuries constellent çà el là les pentes sombres de la montagne.
Nous dépassons la limite des éboulis el nous sommes maintenant dans les crêtes des schistes redressés: le chemin devient alors plus pénible et le froid est très vif. Plus nous approchons du sommet, plus la montée devient difficile pour nos mulets : nous sommes obligés de les alléger de la moitié de leur charge que nous laissons en route pour venir les reprendre du sommet. Mais le chemin est tellement étroit et le précipice si vertigineux, que cette opération de déchargement exige de la part de nos muletiers beaucoup d'adresse; peut-être n'y parviendraient-ils pas, s'ils n'avaient l'assistance des deux guides que le caïd nous a donnés et qui, habitués à la montagne, montrent plus de sang- froid que nos hommes.
Dans les interstices des rochers pousse une petite légumineuse jaune, une grêle alsinée blanche, une véronique bleue, une belle composée naine et enfin l'arbre que les Chleûh' appellent iqqi et qui ressemble au thuya.
Cet arbre est le Junipeinis Ihurifera L., tandis que le véritable thuya, qui se nomme aussi en arabe 'nr'âr, est en chelh'a imijjed ou qedrûn, et n'est autre que le Cillilris quadrivnivis D. G. Mais on désigne aussi en arabe, sous le nom de \'ir';ir des espèces voisines, comme le Juniperus oxjjceclnis L. el le Juniperus phœnicea L., qui se trouve sur les j)cnlcs inléricures de l'Atlas. On sait combien ces espèces sont difficiles à distinguer, souvent même pour des botanistes exercés, h'iqqi n'apparaît ([ue presque en