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LA FORÊT ATLANTIQUE

haut de la chaîne, c'est-à-dire à plus de deux mille mètres, mais il ne monte pas jusqu'aux crêtes, et forme de petites colonies sur les lianes. Bail y voit avec raison des restes d'anciennes forêts (i).

Depuis combien d'années, combien de siècles peut-être, poursuivent-ils leur songe hautain, les vieux thuyas penchés au bord des abuncs? Ils ne sont plus que quelques-uns, nul jeune arbre ne grandit autour d'eux. Témoins invaincus des antiques forêts qui revêtaient l'Atlas ils restent pensifs dans leur sombre verdure. Un jour d'hiver le dernier d'entre eux tombera sur les pentes vierges et se couchera dans la neige, comme dans son tombeau un preux des anciens temps dont la race est éteinte.

Alors le front de l'Atlas sera chauve comme celui de lant de monts du Nord africain. Presque partout la forêt berbère se meurt: observez sa lisière, elle est morne et sans vie, aucune jeune végétation n'y foisonne. Les arbres y vieillissent et y tombent, abandonnant le sol aux ardeurs du soleil, et la forêt ressemble à ces campagnes que les fils de paysans ont désertées pour la ville et où il n'y a plus que des vieux.

Le pasteur, le bûcheron, le laboureur, et peut-être quelque lent changement du climat, conspirent à dénuder la terre africaine. L'homme seul pourrait refaire ce ({ue l'homme a détruit et même lutter contre le climat. C'est l'honneur de ({uck[ues vieux Africains de l'avoir tenté çà et là jadis et d'y avoir réussi. Mais qui donc se llaticrait

(i) Bai-l, Spic. fl. mar., p. 67L

EuM. UOUTTÉ. — Misiiiioiis ;iu Maroc.

aujourd'hui d'échapper à notre fièvre de jouissance pour préparer obscurément l'avenir ?

En face de nous, dans le Sud, se trouve le Jbel Ouijeddan qui nous sépare du Soûs ; sa pente est raide et sa crête rcctiligne, ses flancs sont couverts d'une essence qui, de loin, semble être le belloûl ou « chêne à glands doux », tandis qu'il n'y a pas un seul de ces arbres sur la montagne que nous avons gravie. Sans doute il y a à cela des raisons dont la détermination relève de l'étude géologique et géographique : le pays semble ainsi divisé en deux parties, dont chacune a probablement une flore spéciale, côté du Soûs, côté du H'oûz.

Nous sommes maintenant tout près du col et dans quel- ({ues instants nous pourrons découvrir les plaines du H'oûz. Nos deux guides chleûh' sont contents; leur responsabihté vis-à-vis du caïd est dégagée, puisque la caravane arrive au sonnnct sans encombre. On s'enivre d'air, de lumière et d'espace dans la i)ureté de l'atmosphère. Le froid est très vif, aucun bourdonnement de mouches, aucun vol d'oiseaux ne troublent la solitude des cimes ; la vie est presque entièrement retirée de ces hauteurs. On nous dit pourtant que la montagne donne abri îi des bandes d'fioudûd : il faut entendre i)ar ce mol le mouflon à manchettes, Ovis Iragelaphus Desm., une des bêtes les plus gracieuses de l'AIVique du Nord(l).

Les schistes siluriens forment les dernières crêtes de la

(l)CI'. DK FOUCAULIJ, /lecoiiii., p. 'M.

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