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LE MYSTÈRE DES CIMES

montagne, mais un peu avant darriver au sommet, il y a sur le flanc sud quelques rares petits pointements de roches éruptives et des porphyres pétro-siliceux permiens. Encore quelques pas sur ces roches et nous arrivons enfin dans le col, au milieu duquel se trouve un tas de pierres sacrées ou kerkoùr, qui est dédié à Sidi Ah'med ou Moûça, le patron des gens du Soûs. Ce sont eux qui l'élèvent, le grossissent un peu plus chaque fois, lorsque leurs caravanes franchissent ce passage difficile pour retourner dans leur pays d'origine.

Nous avons parlé ailleurs des sentiments qui agitent le primitif dans la traversée des hautes montagnes et du geste sacré qu'ils lui dictent. Nous n'échappons pas à ces mystérieuses influences : la voix même, à ces hauteurs, semble mourir religieusement dans le silence et l'espace, comme s'éteint dans l'immensité de la cathédrale la prière qu'un prêtre élève devant l'autel. La lumière des sommets, blanche et flottante, et qui ne laisse d'ombre nulle part, éclaire et purifie la conscience de l'homme. Séparé du monde, il se sent meilleur ; entouré du péril, isolé dans l'espace, il fléchit son orgueil, el son âme incertaine cherche un appui dans l'invisible.

Une déception nous attend quand nous jetons les yeux autour (le nous : nous ne voyons qu'un brouillard épais qui nous cache le bas de la montagne el le reste du i)ays tout entier. Il se condense à un millier de mètres au-dessous de nous en cumulus floconneux et l'on dirait (|ue toute la contrée a été soigneusement ensevelie dans une ouate molle el

argentée. Certes, ce spectacle est splendide et un artiste s'en contenterait, mais les instincts de l'observation nous aiguillonnent et nous regrettons amèrement de ne pas voir se dérouler sous nos yeux la carte immense du H'oûz de Marrakech.

Tizi n Mîri est, parmi tous les cols praticables qui conduisent dans le Soûs, un des plus malaisés à franchir k cause de sa grande hauteur (pi. XX, lig. 39) et de l'étroitesse des chemins. Au Glaoui, au Bibaoun, les chameaux peuvent passer, mais ici les mulets eux-mêmes ont beaucoup de mal à monter et à descendre les pentes escarpées de l'Atlas. Toutes nos bêtes, sans exception, furent estropiées dans ce voyage et, à notre arrivée à Mogador, nous fûmes obUgés de nousen défaire pour en acheter d'autres. Pour nous consoler, on nous dit que le caïd du Goundâfi qui eut quelquefois la fantaisie de se rendre à Amismiz en franchissant le col de Tizi n Mîri, n'a jamais suivi ce chemin sans y perdre une bête.

En regardant vers le sud nous voyons le Jbel Ouijeddan et à gauche le Jbel Ouanoukrin, la plus haute montagne de toute la région, celle sur laquelle les neiges restent éternellement, même par les plus grandes chaleurs : c'est laque pendant l'été on va chercher la neige, qu'en grande hâte on rapporte à Marrakech pour rafraîchir le sultan et quelques grands personnages.

Par delà la crête du Jbel Ouijeddan, on aperçoit les sommets bleuâtres des montagnes des Souktâna ; et, en regardant vers le nord, nous voyons à notre gauche les cols de Tizi n Ouddif et Tizi n SHt ; ce sont avec Tizi n Mîri, les

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