DESCENTE
et nous retrouvons presque toutes les espèces du sommet, mais mieux développées.
La fraîcheur de ce flanc de la montagne contraste avec l'aridité des pentes que nous avons gravies. De tous côtés, sur les falaises escarpées qui nous entourent, les eaux tombent en cascades qui ont parfois plusieurs centaines de mètres, puis se forment en ravins réguliers. Nous côtoyons l'un de ces ruisseaux dans lequel flottent des renoncules blanches; leurs feuilles sont pleines de petits mollusques du genre des Melanopsis. Si j'avais connu à cette époque mon savant ami M. Pallary, quelles belles récoltes j'aurais faites pour lui I A travers les eaux limpides j'aperçois les pierres qui forment le lit du ruisseau criblées d'ancyles : comme tout cela eût fait ma joie aussi, il y a quelque douze ans, alors que, fervent adepte de la malacologie, je soumettais mes récoltes aux Bourguignal et aux Locard ! Ils y eussent certainement trouvé à baptiser une demi-douzaine d'espèces nouvelles.
La flore se compose de plantes un peu moins maigres et parmi lesquelles les plus nombreuses sont : Ranunciilus bulbosus L. — Saxifrnga gtohvUfeva Desf. — Cerasiium arvense L. — Myosotis hispida Schlecht. — Géranium malvœflorum B. et R.
Voici Tazcgga, que du col nous apercevions toute petite sous nos pieds ; c'est le village le plus élevé de la région, car il doit être situé à près de deux mille mètres de hauteur ; un grouj^c de pauvres maisons à ferrasses, quelques maigres cultures entretenues avec aclianionicnl
sur les lambeaux d'humus que les habitants arrivent à soustraire au ravinement des eaux dans les creux de la montagne, quelques noyers étiolés qui étalent sur la nudité des roches leurs verdures jauncâtres, voilà Tazegga.
Ici commence l'Oued Anougg°"al dont nous allons suivre la vallée (pi. XX, fig. 40) pour redescendre dans le H'oûz de Marrakech : mais notre fatigue est telle, que malgré la longueur de l'étape qui nous reste à parcourir nous décidons, après avoir descendu encore une centaine de mètres, de rester quelque temps ici : nous devons être à peu près au d'ohor. De Tazegga, qui est maintenant au-dessus de nous, l'eau dévale de tous côtés avec fracas et les rochers déserts se renvoient sans fin son grondement.
Le brouillard qui nous cachait le fond de la vallée s'est élevé, et, porté par un vent frais, il envahit les hauteurs de la montagne {ii^. 40). Le col est devenu maintenant infranchissable, parce qu'il n'est plus possible d'y retrouver le chemin, sans compter que la violence du vent y est quelquefois dangereuse pour les caravanes. On ne peut donc le passer que le matin, et à cause de cela, il faut coucher soit à Tazegga, soit à Talat n 'Aïci, selon que l'on vient du nord ou du sud, et partir de bon matin.
A côté de nous coule l'eau claire qu'alimentent les neiges virginales; sur le sol frais, s'étale une flore bien connue, des pissenlits, des Cerinihe, des lamiers blancs et ïlris (jerrnnnicn L., (pie l'on cultive dans la vallée de l'Anougg""al. On la plante en longues bordures, presque de petites haies, aux abords des villaLfcs et l'on en va vendre les