‹ En tribuChapitre 59 sur 161 · LES NOYERS DE LATLAS · texte numérisé non relu

LES NOYERS DE LATLAS

racines à Marrakech, où le commerce européen les achète pour la parfumerie.

Il faut nous arracher à cette halte reposante pour descendre la vallée de l'Oued Anougg^^al, qui coule entre les amoncellements énormes des schistes verdâtres et satinés du silurien inférieur et sous l'humide berceau des noyers séculaires. Le noyer donne au paysage son caractère et aux habitants leur richesse (1). Presque absent de l'Algérie et de la Tunisie, il abonde dans l'Atlas. On exporte non seulement les noix, mais aussi l'écorce de la racine du noyer, qui fournit le bois dont on fait le cure-dent orthodoxe désigné en arabe sous le nom de souiik.

Les noyers de rAnougg''"al, au rebours de ceux du Goundâfi, qui sont maigres et jaunâtres, sont d'une venue puissante et forment dans le fond de la vallée une forêt continue, au milieu de laquelle le torrent bruit éternellement. Entre les troncs énormes des arbres, ses eaux décrivent de continuels méandres, sans cesse rejetées d'une rive à l'autre par l'obstacle des rochers gigantesques. Sur ceux-ci s'étalent les rouges capitules d'un splendide souci du groupe du Cnleiulula siiffrulicosa Vahl., un groupe difficile dans lequel mes connaissances de botaniste ne m'ont jamais permis de me reconnaître. Puis voici de nouveau le cytise visqueux (jui était si abondant à Taferr'oust.

(1) Cf. DK FoucAULD, Heconn., p. 80.

Le voyage à cheval est pénible sous ces noyers, dont les branches basses forcent à chaque instant le cavalier à se pher en deux. Il prend des notes, il ne voit pas les branches à temps et il manque de tomber ; cela arrive enfin, et pour la même raison que l'astronome de la fable : il est jeté à terre par une grosse branche horizontale pendant qu'il regardait au loin. Aussitôt tous s'écrient : La bas, afin d'écarter tout ce qui pourrait arriver de dangereux; je n'ai rien, j'en suis quitte pour remonter ?i cheval et je suis repris par le charme du paysage.

Au fond de l'interminable vallée, que surplombent, entre les escarpements, des masses imposantes de roches vertes et noires, sous les noyers embaumés de l'odeur des noix vertes, l'oued écume, sursaute et croule parmi d'énormes cailloux. Ses rives sont tapissées d'une verdure où dominent les Cerinthe, les caille-lait, les pissenlits ; délicatement, les plantes se penchent vers l'eau et fleurissent en paix dans le bouillonnement du torrent.

Cette descente des pentes septentrionales de l'Atlas contraste vivement avec notre montée du Goundàfi par Tagadirt el Boûr. C'est toujours le même amoncellement sévère de roches el même celles-ci sont encore plus escarpées mais c'est plus frais, la végétation est plus drue et le chemin en paraît moins pénible.

L'amandier est ici beaucoup moins abondant ((u'il ne l'était là-bas : il est l'arbre dominant du Goundàfi. mais le noyer est l'arbre de rAnougg""al. Les dechra se succèdent maintenant nombreuses : voici Kettsou et h droite Tama-

Page 1