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LES PRAIRIES ARTIFICIELLES

ïlou. La vallée s'élargit et montre l'épanouissement d'une abondante végétation ; les noyers nous empêchent de voir les habitations, mais les orties et les jusquiaraes, ces plantes qui ne quittent pas l'homme, nous les annoncent de loin ; la jusquiame est appelée ici laïliloùt et est employée par les indigènes pour soigner les maladies d'yeux.

Nous traversons la dechra de Tizi Ouçoul auprès de laquelle se trouve celle de Ti/i n Ouari. L'arrivée à l'improviste d'un chrétien jette les habitants dans une stupéfaction dont ils ne sont remis que lorsque nous sommes passés, car nous nous hâtons un peu devant ce groupe d'habitants et devant le village des Ait Merzoug qui est en face.

La vallée par ici s'élargit derechef, la verdure augmente encore et les innombrables détours de l'oued sont marcjués par une ligne ininterrompue de saules à feuillages tendres : il y en a dans le lit du torrent, depuis Tazegga même; le saule en chelh'a s'appelle lanmachl.

Voici maintenant de grands pointements de roches porphyriqucs quartzifères roses semblables à celles du sommet de la montagne; c'est du permien, aligné du sud au nord dans la direction des plis hercyniens, et dont les couleurs vives donnent au paysage un aspect singulier. Tazouda s'élève dans les schisteux bleus siluriens, puis nous entrons dans une partie de la vallée qui est couverte de prairies : nous apprenons avec surprise (jue ces prairies sont pour la plus grande partie artificielles. Les (jucdmîoua, sur le territoire desquels nous sommes en ce moment, les sèment cl même les irriuucnl avec art cl les moissonnent avec soin.

On conserve la semence pour maintenir leur composition toujours semblable : nous recueillons pour l'instruction éventuelle de nos agronomes africains les cinq espèces qui forment presque exclusivement ces prairies, ce sont : Poa bulbosa L. — Hordeiim murinum L. — Bromus tectorum L. — Bromus matritensis L. et un Lolium qui ne peut être déterminé parce que nous l'avons perdu en chemin : il domine dans (juelques prairies.

Ces prairies s'étendent maintenant dans la vallée à l'exclusion de toute autre culture, au point que l'on n'a même pas ménagé de place pour le chemin. On fait route dans le lit de la rivière elle-même, comme on peut, les pieds dans l'eau, parmi les saules et les frênes qui poussent partout dans cette vallée où l'eau suinte de toute part.

Le gros village d'Imi n Tala est situé au-dessus de la vallée, au pied d'une grande roche rouge : devant lui on distingue une autre roche d'un rouge vif que je n'ai pas rencontrée jusqu'ici sur mon chemin. Au-dessus s'étagent des jardins; on me dit qu'il s'y trouve des vestiges de constructions anciennes, à l'endroit dit Qoudiat en Ns'âra, tout à côté du village : comme l'indique cette appellation, qui signifie « la colline des chrétiens » , c'est à eux qu'on fait remonter ces ruines.

Il y a là un amoncellement de pierres qui semblent taillées et il paraît aujourd'hui si extraordinaire aux indigènes que l'on puisse tailler des pierres qu'ils ne manquent pas d'attribuer cette œuvre aux chrétiens. D'autre part, nous déduisons de plusieurs informations, qu'il y a aux environs

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