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LA CIGOGNE

est couverte de gros galets bariolés : les couleurs du quartz laiteux, du feldspath blanc, du mica fauve et de l'amphibole verte racontent au voyageur géologue l'histoire de la montagne. Mais rien dans le paysage ne rompt la monotonie du sol, déjà calciné par le soleil, si ce n'est çà et la des touffes énormes de jujubier encore vertes et dont les branches sinueuses, armées d'épines régulières et acérées, montrent, sous un rare feuillage, une écorce blanchâtre. Beaucoup d'oiseaux volent dans la plaine : des oiseaux l)leus spendides ressemblant aux « chasseurs d'Afrique » de l'Algérie, et des échassiers blancs à poitrail rouge orange, qui vivent en famille dans les troupeaux de bœufs : c'est le t'ir el hgiier, le Bubulcus Ibis des naturalistes. Commensaux habituels des lourds ruminants, ils s'ébattent parmi eux, se perchent sur leurs dos, sur leurs têtes et les soulagent des mouches lancinantes; les bœufs, accablés de la chaleiu", semblent, dans leur rêve obscur et résigné, ignorer la présence de leurs compagnons emplumés, et tendent leurs cous raides en tournant à peine vers nous leurs museaux argentés d'écume.

De grandes bandes de cigognes traversent l'air en détachant sur le ciel leurs silhouettes bizarres ; nous en faisons envoler un groupe cpii compte aumoinsvme soixantaine d'oiseaux. Si T'aycb (lig. 10, pi. X), pendant que notre marche sur les bords de l'Oued Icîl est ralentie par les fondrières que causent les khel't'àr a, aujourd'hui très mal entretenues, nous conte la légende de la cigogne qui a cours dans son pays: la cigogne était autrefois un homme qui, par méchanceté, (il

Ui\E CAPITALE DÉCHUE

un Lrou au poL à beurre de sa mère ; poui' sa punition il fut changé en cigogne. EL c'est tout ; l'histoire, comme on le voit, est simple et l'imagination de Si T'ayeb n'en demande pas plus. Il nous dit cela sur un ton sentencieux et avec une sorte de respect, car la cigogne pour les Marocains est un animal sacré.

Si T'ayeb ajoute que les cigognes ne viennent à Marrakech que pendant l'hiver et le printemps, et qu'elles s'en vont après cela dans le sud. Comme nous lui demandons s'il sait à quel endroit de ce pays elles se réunissent, il nous dit que c'est sans nul doute k Massât. Massât, la ville mystérieuse du Soùs, sur laquelle les auteurs du moyen âge racontent de merveilleuses légendes et d'où la croyance populaire pense encore aujourd'hui que sortira le « Maître de l'heure » ! Tout cela accentue davantage le caractère mystérieux de la cigogne aux yeux de notre compagnon.

Celte vénération pour la cigogne est imivcrselle au Maroc ; on ne poursuit pas la cigogne, on ne se plaint pas des dégtlts qu'elle cause, on supporte les incommodités qui résultent de son voisinage ; si une cigogne, k Marrakech, lombe de son nid et se casse la jambe, ce qui arrive parfois, on la poi'te au merisl.'in de la ville, c'cst-k-dire k « l'hôpital », où on la soigne jusqu'à sa guérison ! lly;i l'qirn, c'esl-à-dire: « Elle est sainte, elle est maraboule », raconlenl-ils ioi'scju On leui' demande pourcpioi ils la vénèrent tant. C'est ainsi que les Algériens la disent meràbfii, <> maj'aboute », et si les Marocains ne se servent pas de ce dernier mot k son égard, c'est parce (jue, nous l'avons indique

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