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LES VERS A SOIE

de l'eau anime le sol encore nu ; toutes les sâguia sont bordées de joncs verts et sur les terres fraîchement labourées s'étale déjà une belle plante à fleurs bleues, à feuilles molles et larges, que les indigènes appellent kheroua.

Les villages sont nombreux au milieu des jardins et des bois d'oliviers : il y a aussi des bosquets de trembles, dont le feuillage frémit sous la brise tiède qui souffle aujourd'hui. Le beau temps nous favorise, carFautomne est la plusbelle saison pour voyager ici, de même que dans toute l'Afrique du Nord.

Bien souvent nous avons été consulté par des touristes, qui voulaient savoir à quelle époque il est le plus agréable de visiter l'Algérie, ses plaines et ses montagnes, et toujours nous avons répondu qu'il fallait choisir l'automne. Mais la mode en décide autrement et le grand « chic » veut que l'on ne fasse en Algérie qu'une courte apparition entre le départ de Nice et l'arrivée à Paris, dans la course folle d'une automobile.

Un observateur attentif ne manque pas de noter dans la végétation des Mesfîoua la présence de très nombreux mûriers ; malgré l'écrasante concurrence de l'Europe, la soie reste une des industries locales ; on l'envoie à certains tisserands de Marrakech qui en fabriquent surtout dessebnhj.i (foulards). Bien souvent on a essayé en Algérie de faire revivre cette industrie, jadis florissante en maints endroits : l'un d'eux s'appelle encore Bou'Aloilfa, dans le douar-commune (le Mazouna (Renault); or, 'nloûfâ en arabe, c'est la « graine de ver h soie ». Peut-être une résurrection de la sériciculture pourra-t-cUe plus tard être tentée ici...

Nous remarquons sur notre chemin la présence de nombreux kerkoûr ; l'usage des pierres dans les monuments religieux, sur lequel nous nous sommes jadis longuement étendu (1) est très répandu dans cette région. Vers le milieu de la journée nous avons trouvé au milieu de notre chemin une h'aouit'n (2) consti^uite en gros galets : au milieu était placé un galet plus grand que les autres et formé d'une roche polie; sa silhouette bizarre rappelait vaguement la forme humaine. Tout autour étaient des pierres, des nouets d'étoffes, des floches de laine, des morceaux de bois; une amulette contenue dans un sachet de cuir était passée autour de la pierre du milieu. Sans doute nous aurions trouvé ici matière à quelque étude intéressante, mais nous sommes malheureusement un peu pressés d'arriver à Sidi Rah'h'âl (3).

Le grand saint des Mesfîoua est Sidi 'Abdallah R'iyâts, près duquel nous sommes passés vers huit heures du matin : il est surtout réputé comme protecteur contre le Makhzen et on dit de lui : Mesfioua fe d dellâla, — ou Sidi R'iyâls gàl hila, c'est-à-dire : « le Makhzen veut mettre les Mesfîoua aux enchères, mais Sîdi R'iyâts a dit non ».

Ce proverbe fait allusion aux surenchères des candidats au caïdat, qui achètent tour ii tour du Makhzen le commandement des Mesfîoua : on le répète comme une sorte de

(1) V. Merràkech, \, pp. .SB, 108.

(2) V. infrà, chap. xv.

(3) Ce type de sanctuaire est à rai)procher île celui que nous étudions, infrà, chap. xiu.

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