‹ En tribuChapitre 65 sur 161 · RÉPUTATION DE LA ZAOUIA · texte numérisé non relu

RÉPUTATION DE LA ZAOUIA

consolation verbalepour les vicissitudes par lesquelles passe cette malheureuse et courageuse tribu dont les habitants, pris individuellement, nous ont semblé tolérants, doux, serviables et hospitaliers.

6 Octobre. — Nous partons pour Sidi Rah'h'âl à deux heures trois quarts : la zaouia de ce nom n'est qu'à dix-huit kilomètres environ d'ici, et c'est un des objets de notre voyage qui nous attirent le plus. L'année dernière, dans les 'Abda, nous avions recueilli de la bouche d'une femme de cette zaouia, qui était de passage par là, les informations les plus singulières. On savait depuis longtemps que les femmes de la zaouia de Sidi Rah'h'âl étaient connues pour leur légèreté de mœurs ; mais il ressortait des renseignements de notre informatrice que ces dérèglements étaient liés pour ainsi dire à la haraka, c'est-à-dire à la « bénédiction » du saint : en un mot, il semblait qu'ils constituassent une pratique d'un caractère pres(jue sacré.

Dans im opuscule paru autrefois (1), nous avions déjà relevé de pareils exemples en Algérie : nous avions mis en avant, d'une part, l'inconduite professionnelle des Ouled Nâîl, connue aujourd'hui de tous les touristes algériens qui ont fait seulement une station à Biskra, et, de l'autre, l'extraordinaire dissolution des 'azriya dcl'Aurès. Mais ces

(1) Les Marabouts, exlr. liev. Iiist. rel., XL et XLL pp- 'J", 98. Le cas des 'azriya de l'Aurès nous semble diffi'renl.

exemples étaient vagues et l'interprétation que nous suggérions n'était pas appuyée sur des preuves suffisantes; aussi on nous la reprocha durement.

Un arabisant insinua que nous avions cédé au plaisir de raconter des anecdotes graveleuses; un autre confrère s'indigna et, prétendant que nous offensions les maraboutes, se fit le défenseur de leur honneur outragé ! L'étude des faits surprenants que l'on nous avait signalés à Sidi Rah'h'âl nous offrait donc l'espoir d'étayer notre thèse et, en même temps, de nous disculper d'une accusation aussi inattendue.

Nous rejoignons rapidement la grande route de Marrakech à Sidi Rah'h'âl et nous cheminons dans la fertile plaine desZemrâne(pl.XXI,fîg. 41). Un pli de terrain nous masque la zaouia jusqu'au dernier moment : à l'endroit précis d'où on la découvre, s'élève sur la route un énorme kerkoûravecde belles pyramides de pierres et, tout à côté, un petit h'aouch (1) bâti suivant la disposition classique, enfer à cheval, avec des pierres exactement semblables à celles du kerkoûr. Ce deuxième monument apparaît, sans doute possible, comme une annexe du premier et met en évidence d'une façon remarquable les relations étroites existant entre les kerkoûr et les monuments funéraires (2).

Les misérables masures qui composent Sidi Rah'h'âl forment trois groupes : il y a d'abord la zaouia et les maisons qui l'entourent; le tombeau de Sidi Rah'h'âl se rccon-

(1) V. infrà, chap. xv.

(î) V.Merrâkech, loc. cit., et infrà, clmp. xv.

l'I. XXI

l|. Xoiis rejoignons rapidcnicjil la grande iciulc de Manàkeeli à Sidi lUili'li'àl et nous cheminons dan- la grande plaine de Zeinràiie ip. HU).

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LA ZAOUIA m

naît de loin à son petit toit en tuiles vertes (pi. XXII, fig. 44). Celui de Sidi Dâoûd, qui est situé à côté, est une qoubba ou « coupole » de la forme habituelle et blanchie à la chaux; les maisons de la zaouia, flanquées de gourbis et mélangées de huttes cylindro-coniques, sont délabrées et sales.

La deuxième agglomération est formée par la casba du caïd, amas de bâtiments dont les murs en ruines entourent d'immenses cours vides, et ne présentent aucunes défenses. Le troisième groupe d'habitations enfin est le mellâh', c'est-à-dire le quartier où vivent les Juifs, dans des maisons plus riches que celles des Musulmans : cependant les abords en sont encombrés de ces las d'immondices que l'on rencontre habituellement aux portes des quartiers juifs des villes marocaines.

Après des pourparlers assez laborieux, nous arrivons à nous soustraire à l'hospitalité du caïd : elle ne serait pour nous qu'une séquestration. Nous prenons, plutôt que nous n'obtenons, la permission de nous installer dans un charmant bois d'ohviers (pi. XXI, fig. 42), où l'ombre légère des feuillages argentés, jointe à la présence d'une eau courante et claire, entretient une fraîcheur suffisante.

Pour arriver à délier les langues, je fais porter au moqaddem, c'est-à-dire au préposé de la zaouia, une pelitc ziâra, c'est -à-dire une offrande en espèces sonnantes, et je lui laisse entrevoir réventualilé d'un pareil cadeau à mon départ, s'il veut bien nous procurer quelques facilités d'information : la vue de l'argent le rend tout de suite aussi accueillant et aussi loquace qu'il était réservé et silencieux

à notre arrivée ; il nous promet de venir nous visiter sous notre tente.

Le soir même, il tient sa promesse et, à la nuit tombée, il vient dans notre campement où nous le régalons d'un plat de couscous et de nombreuses tasses de thé; toutefois, ce n'est qu'après bien des détours et après avoir posé sur ma personne bien des questions, qu'il finit par consentir à nous raconter la légende populaire de Sidi Rah'h'âl que nous reproduisons fidèlement.

Sidi Rah'h'âl vivait à l'époque de Sidi bel 'Abbès et en même temps que les sept patrons, les seb'atou rijâl de Marrakech. Il commença à mener une vie d'austérités dans un ermitage du Jbel Lakhd'ar: un jour il était descendu jusqu'à une source qui est au pied de la montagne et il s'apprêtait à y faire ses ablutions, lorsque sept jeunes filles, qui étaient venues puiser de l'eau, se jurèrent entre elles, pour s'amuser, de ne lui laisser prendre d'eau pour se laver qu'à la condition qu'il danserait avec elles.

Le saint, pour éviter d'en être réduit à une pareille extrémité, entièrement déshonorante pour un bon musulman, leur adressa toutes les supplications possibles ; mais elles restèrent inflexibles. Alors, Sidi Rah'h'âl consentit de satisfaire à leur exigeante fantaisie, mais à la condition qu'il ne danserait qu'après avoir fini ses ablutions.

Lorsqu'il les eut terminées, les jeunes filles lui rappelèrent sa promesse el malgré qu'il les priât de l'en délier, elles refusèrent de lui rendre sa parole. Alors le saint pria

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