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ÉTONNANTE HOSPITALITÉ

teuses, nous finissons par obtenir d'une bienveillante conductrice qu'elle nous amènera ce soir sous notre tente une des descendantes deSidi Rah'h'àl. C'est la mieux posée dans le pays : elle ne peut pas venir dans la journée parce que cela ferait scandale.

En attendant nous visitons la zaouia, mais partout les portes se ferment devant nous : tant d'intransigeance religieuse n'est pas sans surprendre ! Les hommes de notre caravane, plus favorisés que nous, sont au contraire l'objet de sollicitations pressantes ; c'est à qui parmi ces dames les priera à prendre une tasse de thé. Ils sont persuadés que s'ils refusaient de se rendre à ces avances, ils seraient l'objet d'une malédiction, qui se traduirait dans l'année par quelque perte ou quelque accident. Aussi ils usent largement de l'hospitalité qu'on leur offre sous l'euphémisme de cette invitation à prendre le thé.

On nous raconte qu'un chamelier bien connu dans la région, ayant l'année dernière remercié insolemment une fille de Sîdi Rah'h'àl qui lui offrait ses faveurs, a perdu, six mois après, une des bêtes qui le font vivre. Nos hommes font donc une expérience étendue de l'accueil que reçoivent les voyageurs dans toutes les maisons de Sidi Rah'h'àl. Ils sont d'ailleurs aussi bien reçus dans les ménages que chez les filles de Sidi Rah'h'àl tpii sont célibataires. .< C'est pour mon mari » , dit l'une délies à l'un de nos muletiers, se parant ainsi d'un désintéressement touchant.

Aujourd'hui nous sommes invités à déjeuner au mellâh' de Sidi Rah'h'àl. Nous sommes reçus dans une Jionnêlc fa-

mille juive, la seule honnête, paraît-il, de l'endroit, car nous apprenons que les Juives du mellâh' de Sidi Rah'h'âl ne le cèdent en rien aux Musulmanes descendantes du saint poulie libéralisme de leur hospitalité ! Mais notre déjeuner a surtout pour but intéressé de recueillir quelques renseignements sur les saints juifs de la région. Demain, nous comptons visiter le tombeau de l'un des plus célèbres de ces saints, qui est visité en pèlerinage aussi bien par les Musulmans que par les Juifs, et dont la réputation, s'étend très loin dans le Maroc.

Dans la journée nous revoyons le moqaddem qui nous a raconté hier soir la longue légende de Sidi Rah'h'âl. Ce rigide musulman est devenu d'un abord beaucoup plus familier : comme il a réussi hier à faire taxer ses paroles au poids de l'or, il est prêt maintenant à nous donner toutes sortes d'informations. Malheureusement il n'a plus grand'chose à nous apprendre, car touchant les faits qui nous préoccupent, il éprouve toujours un scrupule à en reconnaître explicitement l'existence.

Pourtant, devant notre insistance, il finit par nous citer un dicton que l'on met dans la bouche de Sidi Rah'h'âl et dont nous avons d'ailleurs vérifié l'usage courant quelque temps après : Oulâdi rezqhoum h'arâm, ouhldhoum h'iâl, c'est-à-dire, nous explique-t-il : « Le gain que feront mes enfants (par leur mauvaise conduite) est interdit(cela est illégitime), mais leurs enfants seront légitimes (les enfants nés de leurs aventures) », et développant sa pensée, il ajoute, comme une sorte d'excuse, que cela veut dire: «Mes filles qui

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