PI. XXII
43. — Nous avons essaye de preiidie un clklic di^ la fille do .Sidi Uah'h'àl (p. d9oj.
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le Sidi (il' liairii'àl se rccotinaît . voik- ,,. 171).
EXPLICATIONS DUNE RAHHALIYA 193
hi\ harnkn, la bénédiction, descend ainsi sur nous, et tout le monde reste sérieux. Les Musulmans se gardent bien d'essuyer cette sainte rosée et se passent au contraire les mains sur le visage et sur la barbe pour bien l'étendre partout.
Une seule expérience me suffisant, je me tiens un peu à l'écart ; puis, ayant jugé que la séance était assez concluantCj nous faisons olîrir un douro à chacun des deux enfants de Sidi Rah'h'âl. Ils nous quittent, non sans m'avoir affirmé tout à fait que je puis être assuré de sortir du pays de Sidi Rah'h'âl avec une santé florissante et une vigueur sans égale.
Le soir après dîner, nous recevons la visite de Lâllcthoum, fille de Sidi Rah'h'âl et celle de Roqiya, sa conductrice, femme d'âge. Lâllelhoum, dont le nom en arabe veut dire « leur maîtresse » (dans le sens de « leur seigneur »), nous conlirme ([ue le dérèglement des Rah'h'àliya est en réalité une bénédiction du saint.
Cependant elle sent en quel([ue sorte le besoin de s'en excuser et elle nous dit ({ue Sidi Rah'h'âl s'écria un jour: Bnâli hiyàj oulddi hiijHJ,c'cs[-i\-dh-e: « Mes filles en folie, mes garçons en folie ». Mais en disant cela, nous explique Roqiya, Sidi Rah'h'âl \()ulail diic simi)leineiit ([uc ses descendants seraient loris et virils ; seulement il se trouva que son vœu fut exaucé à la lettre et dans toute l'étendue de l'acception des mots qu'il avait employés. Il n'en reste pas moins, ajoute Roqiya, ({ue les nueurs de ses desceiidanls, qui ne sont après tout (|ue raccoinplissement de son V(cu,
ËDM. OouTTÉ. — Missions au Maroc. IH
sonl une véritable bénédiction, car s'il s'est Irompé, c'est affaire entre Dieu et lui.
Pourtant nous représentons à notre informatrice que la débauche passe généralement pour honteuse et qu'il semble difficile que la baraka d'un saint aussi pur et aussi austère que Sidi Rah'h'âl soit attachée à cette pratique. Làllethoum ne paraît nullement embarrassée par cette remarque, qui, au surplus, ne lui semble pas très fondée. Mais sa conductrice, femme d'âge plus mûr et de plus d'expérience, croit devoir nous répondre d'une façon indirecte en nous rapportant la légende suivante.
Une petitc-fille de Sidi Dàoûd, mariée avec son cousin, et tous deux par conséquent de sa descendance, ayant eu quelque querelle avec son mari, s'enfuit de chez lui et se réfugia dans la grotte ou Sidi Rah'h'âl disait ses prières, dans la montagne. Sidi Dâoùd alla trouver aussitôt Sidi Rah'h'âl et lui raconta le fait : Sidi Rah'h'âl lui dit alors d'ordonner en son nom à cette femme de retourner au domicile conjugal.
Mais la femme, mécontente de cette décision, sentendit avec un des khammès de son mari, et prit définitivement la fuite avec lui. Sidi Dâoùd rapporta encore le fait à Sidi Rah'h'âl qui lui répondit: Bnàti i't'à'CiU ikoùnon çàlih'iït ou hnûli ràctjàt ikoùnou fàj'ràl, selim er rà'iin ou lekhmûmes, c'est-à-dire : «■ Mes filles obéissantes seront des saintes et mes lilles désobéissantes seront des dél:)auchées. Elles seront le lot des bergers et des khammès. »
Cette légende est concluante : il est clair et Roqiya
laisse à entendre qu'il y a bien peu de saintes à la zaouia de Sidi Rah'h'àl et que sa compagne ne fait pas partie de cette catégorie. Toutes deux n'ont au reste plus rien à nous apprendre et à ce moment nous prenons nos dispositions pour faire briller l'éclair du magnésium, car nous avons essayé de prendre un cliché de la fille de Sidi Rah'h'àl; mais cette manoeuvre provoque chez les deux femmes un tel effarouchement qu'elles battent en retraite aussitôt, non sans avoir réclamé un témoignage de notre libéralité. Elles avaient aperçu l'appareil et se doutaient de cfuelque surprise ; aussi notre cliché n'est pas très réussi et nous regrettons de ne pouvoir offrir mieux au lecteur (pi. XXII, fig. 43).
Une autre Rah'h'àliya rencontrée dans les 'Abda l'année dernière nous avait donné le renseignement suivant, confirmé cette année, à notre campement de l'Oued Nefîs, par un indigène de la zaouia, ({ui voyagea avec nous pendant une journée. Sidi Rah'h'àl, bénissant ses enfants, voulut formuler le vœu suivant: Oulâdi 'ouldma ou hnâli ciyinat, c'est-à-dire : « Mes enfants seront savants et mes filles bien gardées (vertueuses) )>, mais la langue lui fourcha et il dit : OiihUli mkhâraou hnàli fàsdàt », c'est-à-dire : « Mes enfants seront voleurs et mes filles débauchées. » Bien que les mots employés en arabe n'aient guère la même consonance, il paraît cependant que ce ne fut de sa part qu'un simple lapsus lingux. (1), mais il se trouva que son vœu fut
(1) Au sujet de semblables lapsus dans les légendes, v. Tylor, Civil, prim., Irad. franc., 1, p{). 454-455.
exaucé à la lettre. Nous avons là une variante du proverbe que nous a rapporté Lâllethoum, mais ici la confusion, au lieu de porter sur le sens des mots, porte sur les mots eux-mêmes.
Plus tard aussi nous prîmes des renseignements à Marrakech sur les filles de Sidi Rah'h'âl auprès d'une femme âgée d'une tribu des Reh'âmna : cette tribu était en hostilité violente avec la zaouia de Sidi Rah'h'âl. D'âouia (ainsi s'appelait notre informatrice) nous dit que la liberté des filles de Sidi Rah'h'âl était une cla'oua, c'est-à-dire, dans l'espèce, ime malédiction de Sidi Rah'h'âl. Ce grand saint, dont D'âouia, fervente Musulmane, ne suspecte en rien la pureté, aurait dit : Allah ija'al hnâti fàsdàt ou oiilâdi mekhkliâra, c'est-à-dire: «Que Dieu fasse mes fdles hétaïres et mes enfants voleurs » .
D'âouia ajoute que, lorsque les filles de Sidi Rah'h'âl appellent un homme, si celui-ci ne veut pas se rendre à leur appel, elles le maudissent; mais, ajoute-t-elle, cette malédiction n'est pas dangereuse, et il suffit pour la conjurer d'aller visiter le tombeau du saint lui-même. On voit que D'âouia concilie élégamment sa foi dans les marabouts et sa haine pour les gens de Sidi Rah'h'âl; cependant elle convient que les hommes des Reh'âmna évitent de s'approcher des Rah'h'âliya, parce qu'ils en ont peur, avoue-t-elle. Cette peur est bien caractéristique.
Concluons et dégageons les faits des interprétations (|ii'()n nous en a données : il est constant, les preuves sont là, indéniables, que les Rah'h'âliya se livrent d'une façon générale aux étrangers et à leurs contribules ; il est