LES HAGIOGRAPHES MAROCAINS
Il n'en est rien et l'on peut constater par cet exemple que le caractère de ces recueils hagiographiques diffère de ceux de notre moyen âge catholique. On ne trouve qu'exceplionnellement chez eux la naïveté de notre Légende dorée et ses invraisemblances chronologiques.
Ces recueils, qui sont pour ainsi dire « officiels », sont généralement compilés sous la forme d'un dictionnaire ; ils ne sont pas le simple récit des pieuses croyances du peuple, mais bien un effort considérable des lettrés musulmans pour incorporer à l'orthodoxie la masse des croyances populaires relatives aux saints. Pour cela ils procèdent à une prudente élimination des invraisemblances, et ils cherchent à assurer la fidélité historique des récits, tout au moins en ce qui concerne les noms d'hommes, les noms de lieux, les dates et les allusions à des événements connus des annalistes.
A la vérité ils se gardent bien d'éliminer un trop grand nombre des miracles des saints; ils maintiennent même souvent les plus incroyables, mais ils les trient minutieusement et ils omettent réguhèrcmcnt tous ceux qui pourraient receler le germe d'une atteinte au dogme ou à la morale de rislâm. Ayant ainsi fait la part de ces récits surnaturels qui sont l'aliment nécessaire de la foi des simples, ils sont le plus souvent, pour le reste des événements qu'ils rapportent, en concordance très suffisante avec ce que nous appreimeiit les auteurs chrétiens de hi même époque sur l'histoire marocaine ( 1).
(4) Par exemple Merrûkech, I, pp. 120-i23, 272.
Les dictionnaires généraux de saints du Magrib méritent donc une confiance plus grande que certains recueils hagiographiques de notre moyen âge, qui ne renferment presque aucun fond historique. On peut vérifier ces remarques en consultant l'article consacre à Sidi Rah'h'àl dans les deux dictionnaires hagiographiques édités à Fez, qui se rapportent à l'époque où vivait ce saint (1). On verra que cette biographie est courte et sèche : clic ne rapporte, et cela sans détails, qu'un seul miracle du saint, et à aucun degré elle n'a le caractère épisodique habituel à la littérature légendaire. Il n'est rien passé dans l'hagiographie orthodoxe musulmane du long récit que l'on nous a fait sur la vie du saint à Sidi Rah'h'àl même; pourtant ce récit eût 'peut-être encore été augmenté, si nous eussions séjourné plus longtemps dans le pays pour élargir le cercle de nos informations.
Mais, si les dictionnaires biographiques en question ne nous rapportent pas la légende de Sidi Rah'h'àl, ils nous donnent la date de sa mort, et cette date est en accord avec celles que nous fournissent les documents européens sur un épisode de sa vie. En effet, nous lisons dans les auteurs du quinzième siècle ({ue Sidi Rah'h'àl joua un rôle considérable comme conciliateur entre deux chérifs qui se disputaient l'empire à cette époque.
Les faits (pic rapportent nos auteurs se ])assaicnt sur les bords (le rOued Icîl, c'est-à-dire non loin du village actuel de Sidi Rah'h'àl qui s'appelait à cette époque Anmaï ;
(1) Le Moumli' cl Asm(ï, cah. 6, p. 6, et lo Daouh'al en nâcher, p. V.S ; cf. Is- Uqi'a, H, p. 175.