SIDI RAHHAL DANS L'HISTOIRE
ce nom supplanté par celui du saint est tombé en désuétude à l'époque moderne. Le dictionnaire biographique appelle notre saint le cheihk Sidi Rah'h'âl el Koûch, enterré, dit-il, dans sa zaouia; Marmol l'appelle l'Alfaqui Cidi Arrahal (1), et la traduction française de Diego de Torres en fait le cacis (2) Gide Aral.
Ainsi l'identité du personnage est établie, non moins que celle de la région où se passe la scène racontée par Marmol et par Diego de Torres, auxquels nous renvoyons le lecteur curieux. Or cela se passait au début du seizième siècle ; l'existence du saint à cette époque est donc parfaitement prouvée et l'importance de son rôle reconnue, car il n'est pas vraisemblable que Marmol et Diego aient puisé leur récit dans des auteurs musulmans (3).
Il est rcmarf|uable (juc ni les faits consignés dans les dictionnaires hagiographiciues, ni ceux que rapportent les historiens européens ne se retrouvent dans notre légende. Elle a été imaginée en dehors de tout fond historique, car le peuple ignore les préoccupations des annalisles. Il a inventé l'histoire telle qu'elle lui ])laisait, tantôt par son proi)re effort, tantôt par des emprunts à d'autres littératures légendaires; son (cuvre est |)roprement un folk lorc.
Il y a cependant une catégorie de documents écrits qui
(i) Marmol, Affrica, I, fol, Vil, t., a. Alfaqui est pour el faqîh (IcfijHi).
(2) De l'arabe qacis, qui veut dire « prêtre » et par suite » marabout ». Diego, trad. franc., p. 117.
(3) Les dictionnaires hagiographiques que nous avons citt^s sont postérieurs à ces historiens et il est encore moins vraisemblable que ceux-ci aient été leur source.
se rapportent aux productions populaires du genre de celles que nous étudions : ce sont des récitslégendairesmusulmans qui apparaissent avec le seizième siècle de notre ère et qui nous sont connus par des manuscrits n'ayant pas rang dans la littérature officielle de l'Islam. M. René Basset qui a traduit plusieurs de ces œuvres a montré qu'elles sont caractéristiques de l'époque où la religion musulmane s'est élaborée définitivement au Maroc et dans le Magrib. Cette littérature en efTet est contemporaine de la poussée maraboutique du seizième siècle et de l'avènement des chérifs (1).
Ces œuvres sont la véritable Légende dorée du Magrib, et les dictionnaires biographiques édités à Fez se rattachent au contraire aux œuvres proprement historiques. Bien entendu, on ne doit les considérer comme tels qu'à la condition d'y faire, par une critique plus aisée qu'il ne semblerait, la très grande part du merveilleux ; mais ces livres sont écrits le plus souvent dans une forme et avec des procédés d'historien,et l'on sent toujours percer sous leur rédaction un souci d'annaliste qui ne se rencontre à aucun degré dans les œuvres populaires écrites que nous signalons comme étant le reflet direct des croyances du vulgaire. Celles-ci racontent l'histoire (Icl'ÉgUse triomphante ; les autres portent de plus leur attention spéciale sur l'Église militante de l'Islam.
C'est seulement dans cette littérature peu connue, œuvre
(1) René Basset, in calh. ; v. ses Averti, de Temim ed Ddri el l'tiistoire à' Ali eï du dragon; et Dict. sat. Ahmed ben Yoûsef, p. 6 et in Rev. II. d. R., 189!), mars-avril, pp. 3;i9-360. Cf. Nozhel, trad. Houdas, p. ii-m. Sur le niouvemrnt chérifien, voy. 1 ouvrage de Cour, Elabl. d. cher., etc.