LA GESTE DES RAHHALA
h'âli, et que le hasard encore ait fait naître quelque poète populaire, comme ceux qui chantèrent les exploits des Antar et des Djazia, n'admirerions-nous pas aujourd'hui la geste des Oulàd Sidi Rah'h'âl? Il est vrai que toute légende renferme le germe d'une épopée, mais la fortune ne livre que rarement la matière de ses épisodes au génie et à l'immortalité.]
8 Octobre ( 1 ) . — Nous partons de Sidi Rah 'h'âl à six heures et demie du matin ; il nous aurait plu d'y rester encore un jour, car c'est demain la fête du saint. Il vient à cette fête un grand concours de pèlerins et l'on devine que ce doit être un jour de festoiement et de folies. Mais comme il est certain — et on ne nous le laisse d'ailleurs pas ignorer — que notre présence serait difficilement tolérée ce jour-là, nous nous résignons à prendre aujourd'hui le chemin de Demnât.
Après trois heures de marche, nous arrivons sur les bords de l'Oued Taçaout. Pendant ce trajet, nous avons sur la gauche l'extrémité orientale de la chaîne des Jbîlêt ; elle secom])ose toujours de ])etits mamelons coniques réunis en un chaos pitlorescpic, mais elle est plus ramassée, plus sombre, et plus massive qu'au nord de Marrakech. A
(1) Suite du voyage précédent.
UNE RIVIÈRE HÉSITANTE Wî
droite, nous longeons des contreforts peu élevés du Haut- Atlas.
L'Oued Taçaout est profondément encaissé dans un lit très étroit au milieu de la plaine ; il roule actuellement peu d'eau (pi. XXIII, fig. 46), mais il est torrentueux et l'on devine qu'il doit être difficile, sinon impossible, de le traverser ici pendant les périodes pluvieuses de l'année.
L'Oued Taçaout se jette dans lOum-er-Rbî'a et l'on passe, sans presque s'en apercevoir, du bassin du Tensift dans celui de ce grand fleuve. Ce fut longtemps la cause de quelque incertitude dans la cartographie de cette région ; on ne connaissait pas le tracé des rivières, que l'on n'aperçoit pas de loin parce qu'elles sont encaissées ; mais de plus, il y a deux branches de la Taçaout, assez distantes l'une de l'autre et portant le même nom, ce qui ne fit longtemps qu'augmenter la confusion : pourtant, les géographes du dix-septième siècle connaissaient déjà cette particularité (1 ). Au surplus, les géologues modernes admettent que la Taçaout a peut-être fait partie du bassin du Tensift, pour être plus lard captée par l'Oum-er-Rbî'a.
A onze heures du matin nous sommes dans la belle olivel te de Tidili, où nous faisons une halte ; nous avons fait environ vingt-six à vingt-huit kilomètres. A deux heures moins dix minutes nous en repartons, et une heure après nous campons dans les jardijis de Dra' (en arabe) ou Ir'il (en berbère), ce (jui dans les deux langues signifie «bras », « contrefort ».
(•1) Mamiol, Affrica, M, fol. 69, r.
Notre tente est plantée en face du marché de Soûq el Arba' ; il y a là des jardins adossés à la montagne, pleins de fraîcheur et d'ombre lumineuse ; des oliviers séculaires tamisent doucement la lumière du soleil, des grenadiers offrent leurs fruits succulents dont la chair rouge fait éclater l'écorce, de nombreux trembles laissent frissonner à la brise leurs feuilles argentées, des clématites puissantes aux feuilles larges et crénelées s'enroulent autour des buissons tout au long du chemin qui n'est qu'un berceau de verdure sans fin.
Ce n'est cependant pas la beauté puissante de la végétation qui nous engage à camper ici ; nous voulons visiter à quelques centaines de mètres de notre campement, dans une gorge escarpée, un célèbre sanctuaire maraboutique que vénèrent également les Juifs et les Musulmans sous le nom de Dâouid Dra'. Le saint porte donc ici le nom d'un accident géographique comme tant de saints musulmans dans l'Afrique du Nord ; les sanctuaires dénommés Lâlla Taour'irt, c'est-à-dire « Madame la Colline », sont innombrables dans ces pays.
Un Juif de Sidi Rah'h'âl nommé Içh'acj Ma'allem, parent des Lâloûz de Saffi, nous a raconté la légende de Dâouid Dra', que nous nous sommes fait plus tard confirmer par plusieurs Juifs de Demnàt. Il y avait autrefois sept rabbins qui vinrent de Jérusalem se lixer dans la région que nous parcourons pour y convertir les habitants à la religion juive. Ces sept rabbins sont aujourd'hui enterrés dans la contrée : ce sont Dâouid Dra', qui semble le plus célèbre
PI. XXIll
l-'iG. 4S. — Lg sancluairr côté osl un jujnbior, i palmier, sous lequel o
le Sidi Dàciùil c-l un \\ru\ iiii ir iiKiniriil icm|ili de pclils (lit (|iie le sailli est eiilené i |i
iiioilié éeidiilé... D'un IMU\... el (le l'aiilic im
/,G. — L'Oiicd r.ie.i.iul, pinhiiidc de la plaine, roule en
eiieais^c daii^ nu III In'iiiieiil peu d'eau ip. •iOT
'linil au iiiilieii