LÉGENDE DE LA SOURCE
dix à douze mètres de liaulcur cl présente des rudiments de stalaclilcs; son entrée et le lil du torrent sont encombrés de pierres énormes (|ui en rendent l'accès difficile. Çà et là, de petits bassins naturels ont été aménages pour que l'on puisse s'y baigner et les femmes musulmanes ne manquent pas de s'y rendre l'après-midi du vendredi.
En aval de la grotte, est une petite source sur le bord de laquelle on vient égorger des victimes, ([ui sont presque toujours des poules. Ces sacrifices sont faits non seulement par les Musulmans, mais aussi par les Juifs : ce sont surtout des femmes désireuses d'avoir un enfanl (|ui accomplissent ces rites sacrificiels, espérant obtenir la fécondité par les vertus sacrées de la source.
On nous raconte sur la grotte une légende (jui semble pleine de l'éminiscences littéraires, mais qui cependant nous est donnée par plusieurs informatcm-s. La grotte était habitée par un génie qui avait sept tètes et qui, tous les ans, coupait la source pendant (piekpie temps, au grand désesj)oir des habilanls privés d'eau. De plus, il désolail Ions les environs parce qu'il enlevait toutes les jeunes filles en âge de mariage, de sorte qu'on l'appelait khet'l'àfeVaràïa, c'està-dire le «ravisseur de liancées i>. Pour acheter une tranquillité relative les lial)itanls s'élaicnt vus dans l'obligalion de lui livrer tour à tour une de leurs jeunes filles: alors il s'endormait et se réveillait un an après, demandant une autre victime.
Un jour il arriva que ce fut au tour du sultan de lui donner sa fille, mais il ne |)ut s'y résoudre et il appela à son
2f8 LA SOURCE SACREE DE DEMNAT
secours le terrible Màlek S'îf qui se trouvait dans la région. Celui-ci entra dans la caverne et de son sabre coupa une des sept têtes du monstre, mais le monstre s'enfuit avec les six têtes qui lui restaient et se précipita dans un puits où il disparut. Alors MAlek S'îf l'y suivit et, au fond du puits, il trouva l'ouverture d'un souterrain dans lequel il s'engagea ; il marcha longtemps sous la terre en tâtonnant avec la pointe de son sabre, et enfin il arriva à sentir que celle-ci s'engageait dans l'anneau d'une porte contre laquelle il cogna.
Or, derrière cette porte, étaient sept des jeunes filles ravies par le monstre et dont la plus âgée s'appelait Nennatboum. Lorsqu'elle entendit frapper, elle pressentit qu'elle et ses compagnes allaient être délivrées. Alors elle introduisit Mâlek S'îf et lui dit : « Je vais te donner le moyen de tuer le monstre, car avec tes armes tu ne viendrais jamais à bout de lui ; alors même en effet que tu abattrais les six têtes qui lui restent, et qu'il en mourrait, tu ne le tuerais pas, car en mourant il se brûle lui-même et renaît ensuite de ses cendres. Pour le tuer il faut que tu le frappes avec son propre sabre que voilà. »
En disant cela, elle lui montra du doigt un énorme sabre que dix hommes auraient à peine pu porter et (jui était suspendu au plafond de la caverne à une grande hauteur. Après des efforts considérables, Mâlek S'îf arriva à décrocher le sabre et il partit pour tuer le monstre. Lorsque celui-ci le vit arriver il lui dit : « Tu veux donc m'enlever encore une tête ? » — « Je veux, lui répondit le héros,