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LES DÉFILÉS DES JBILÉT

paraissent avoir assez profondément pénétré jadis les anciens Berbères (1), et l'islamisme apporté par les Arabes s'est imposé à toutes les consciences depuis les Syrtes jusqu'à l'Atlantique. Mais les Romains n'ont laissé que les vestiges imposants de leur archilecture, les Grecs leurs restaurations maladroites et les Vandales seraient oubliés, si les historiens n'avaient conservé le souvenir de leur barbarie : graves leçons de l'histoire pour les colonisateurs modernes !

Les Serâr'na parlent aujourd'hui l'arabe, mais paisuite probalilement du développement de leurs relations économiques avec la montagne, beaucoup d'entre eux apprennent le chelh'a. Ce léger commencement de reconquête du berbère sur l'arabe n'est pas un fait isolé; on en a maint exemple dans l'Afrique du Nord (2).

Nous traversons la petite chaîne des Jbîlct en quelque trois heures, mais sans pouvoir prêter au paysage notre attention habituelle, car la fièvre ne nous a pas c(uittés. Estce l'état maladif de l'imagination qui nous égare? Nidle part les Jbîlêt ne nous en ont paru aussi désolées: ce ne sont que défilés rocheux, interrompus çà et là par des cinjucs déserts que ferment pres(|ue de tous les côlés des escarpements sauvages. Nul passant ne chemine sur cette route, et, au vrai, on aime autant n'y faire point de rencontre, parce que ces parages sont réputés comme des repaires de brigands.

Dans celle désolation, point d'arbres, point de tapis végétal. De temps à autre et pour augmenter encore le carac-

(1) V. GsELL, Alg. dans l'anliq., in loco.

(2) Voy. E.-F. Gauthier et Edm. Doutté, Lnq. sur ta r<!i>. du berb. en Alg.

tère sinistre du paysage, des tas de pierres jalonnent la route et marquent les endroits où furent assassinés des voyageurs. Souvent la piété musulmane les transforme en vagues marabouts que l'on appelle du nom de Sidi l R'erih, « Monseigneur l'Étranger » .

Nous avons déjà parlé de ces sortes de tas de pierres ou kerkolir (1), élevés dans toute l'Afrique du Nord à l'endroit où un homme est mort d'une mort violente. Cette coutume est loin d'être spéciale au Nord africain et elle se rencontre presque dans le monde entier. Même dans nos campagnes, il est encore d'usage lorsque quekju'un meurt dans les champs^ non pas d'y enterrer son cadavre, mais tout au moins de perpétuer le souvenir de cet accident par l'érection d'une croix à laquelle on joint souvent une inscription commémorative.

La crainte, nous devrions dire l'horreur du sang répandu, si grande chez les primitifs, est assurément la raison pour laquelle on élève ces tas de pierres que chaque passant lapide à son tour. Quant au cadavre de celui qui a rendu l'âme dans un tel endroit, il y est parfois enterré, mais le plus souvent, on porte son cadavre au voisinage des habitations. Au surplus, on ne hii accorde quedifficilemenl l'entrée dans le cimetière comnnm d'une ville et surtout d'un village, et si on le lui accorde il est toujours inhumé à part.

C'est t{uc, pour les populations primitives, le cimetière est proprement un double de la petite société qui compose le

(1) Merràkech,l, p. 61.

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